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Le son de la guitare blues

Dans les années 1920, John Lomax sillonne le sud des Etats-Unis. Avec un phonographe dernier cri de plus de 150 kilos arrimé au coffre de sa voiture, il a pour ambition d’enregistrer les pionniers du Delta Blues. C’est lui qui dénichera entre autres Leadbelly et des dizaines d’autres musiciens itinérants. Ce son très brut, obtenu dans des conditions rudimentaires pose les bases de l’origine de la musique blues. Par la suite avec l’avancée technologique, on pourra enfin enregistrer plusieurs pistes simultanément, puis les unes après les autres, et aussi modifier la sonorité des instruments. L’enregistrement ne se limite plus alors à la restitution d’un concert mais à une création à part entière. Continuer à lire

Les prémices : expérimentations

En 1950, la marque Fender lance la Broadcaster, guitare qui n’a plus de caisse de résonance mais qui permet une sonorité tranchante par ses micros. Il est possible non seulement d’entendre d’avantage l’instrument mais aussi d’en modifier le son. L’un des premiers effets créés dans cette recherche de nouveauté est la saturation du son : le volume est tel que le micro ne peut le restituer fidèlement et le déforme de manière assez agressive. Non seulement les micros de la guitare vont être fabriqués dans cet objectif, mais en plus les guitaristes eux mêmes vont commencer à expérimenter sur leurs amplis : en 1958 Link Wray perce son haut parleur avec un stylo pour son titre Rumble, en 1964 c’est Dave Davies des Kinks qui s’occupera du sien… à la lame de rasoir. Le règne de la distorsion débute pour ne plus s’interrompre.

L’effet de saturation

La saturation du son va se diviser en plusieurs catégories avec des caractéristiques bien particulières. La distorsion à proprement parler permet d’obtenir un gain (puissance et amplitude du volume de l’amplificateur) très important, l’overdrive génère un son un peu moins saturé et souvent plus gras, et la fuzz privilégie les aigus et le sustain (maintien de la note). Ces effets de saturation ont une place cruciale dans l’élaboration du blues. Comme sur bien d’autres plans, Jimi Hendrix nous offre des démonstrations époustouflantes de ces nouveaux effets.

Pour une explication des autres effets propres à la guitare en tout style, il existe un excellent article sur le blog d’ICM : la guitare électrique et les effets.

Bottleneck et accordage

D’un point de vue plus pratique, le matériel de base du bluesman comprend un ustensile indispensable : le bottleneck. C’est un cylindre d’acier, de verre ou de bois que l’on pose sur son doigt (généralement l’annulaire ou l’auriculaire de la main gauche pour les droitiers) et avec lequel on glisse sur les cordes pour obtenir des slides (ou glissés). Pourquoi bottleneck? Les pionniers se servaient de ce qui était à leur portée, en l’occurence des goulots de bouteilles…

L’utilisation d’un bottleneck entraine un accordage spécifique de la guitare dit d’open tuning (littéralement « accordage ouvert »). Il s’agit d’accorder sa guitare de manière à ce que les cordes forment un accord sans avoir à appuyer sur aucune case. Ainsi en glissant avec le bottleneck d’une case à l’autre on peut monter l’accord de demi ton en demi ton. Pour obtenir une note juste, il faut se placer sur la frette (tige de métal délimitant les cases d’une guitare) tandis que sans cet accessoire on évite toujours de toucher les frettes.

Ces accordages ne sont pas tant là pour faciliter le jeu que pour conférer une sonorité nouvelle à l’instrument : les accords auront plus de résonance et les intervalles impliqueront une autre approche des gammes.

Citons l’accordage de ré, privilégié par le pionnier du Delta Blues Robert Johnson, où l’on s’accorde, de la première corde à la dernière (de la plus aigüe à la plus grave) ainsi : ré / la / fa# / ré / la / ré. Il s’agit d’un accordage majeur, facilement transposable en mineur en descendant d’un demi ton la tierce : ici ré / la / fa / ré / la / ré.
L’autre classique est l’open de sol : ré / si / sol / ré / sol / ré.

Keith Richards retire même la sixième corde de sa guitare pour obtenir un son avec moins d’harmonie et plus de tranchant. Dans la vidéo suivante, vous remarquerez qu’il ne touche pas le manche de sa guitare dans l’introduction, vous voici rassurés sur l’utilité de l’open tuning.

Voilà comment le son du blues, puis du rock’n’roll, garage, punk, hard rock et noise a évolué, de découvertes en expériences. Mais, me direz-vous, qu’en est-il de l’essentiel, de l’artefact indispensable, du point de départ du blues et de cet article ; qu’en est-il de la guitare ? Eh bien, vous en conviendrez, l’instrument mérite au moins un article entier pour se dévoiler.

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