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Du Drop D à l’Open Tuning : les accordages alternatifs, mode d’emploi

Mi, La, Ré, Sol, Si, Mi : tel est l’horizon bien défini de la guitare dans sa version standard. Et pourtant… À différentes époques, pour différentes raisons, bien des guitaristes se sont affranchis de ce modèle. Pourquoi ? Comment ? Toutes les réponses sont ici… Continuer à lire

Pourquoi l’Open Tuning ?

Changer ses habitudes de jeu et ses repères sur le manche, donner à son instrument une sonorité inhabituelle, aborder certaines techniques avec plus d’aisance, laisser entrer l’aléatoire dans la composition… Les raisons qui ont poussé les guitaristes à changer l’accordage traditionnel de leur instrument ne manquent pas, et qu’il s’agisse de guitare acoustique ou électrique, chaque accordage a sa propre sonorité, souvent associé à un musicien, ou à un style musical.

Précaution préalable : accorder une corde à une note trop éloignée de celle pour laquelle elle est prévue a des conséquences : trop tendue, elle risque de casser ; trop détendue, elle risque de friser. Les accordages les plus extrêmes, comme ceux de Sonic Youth ou de Glenn Branca, nécessitent des tirants de cordes non standard, et éventuellement, à la longue, un réglage de manche particulier. Mais il ne coûte pas grand chose d’essayer, à part une ou deux cordes cassées, et la plupart des accordages présentés ici sont inoffensifs. Alors allons-y !

Le Drop D : un ton de moins, et l’horizon s’ouvre…

Que se passe t-il, si, au lieu du Mi grave, on accorde notre corde la plus grave en Ré ? Un fait non négligeable : jouées ensemble, les trois cordes les plus graves forment un accord. Ré – La – Ré : il s’agit d’un accord de quinte, qu’on appellera également accord de puissance, ou power chord. C’est à dire un accord dans sa plus simple expression, ni mineur, ni majeur.

Pour la petite histoire, le power chord, auquel la distorsion va si bien, est l’accord rock par excellence. Déclinable sur le manche, il constitue la charpente de bien des riffs mythiques, des Kinks à Black Sabbath, en passant par The Who et Deep Purple… Des références bien ancrées dans un rock devenant hard rock, à la charnière entre les années 60 et 70.

Donc, que se passe t-il quand le Mi devient Ré grave ? Non seulement le power chord est à portée de main (un barré de trois cases et le tour est joué), mais il peut descendre d’un ton en dessous de la tessiture traditionnelle de la guitare… Le Métal et la Fusion, dans les années 90-2000, sauront tirer partie de cette façon de jouer. Le premier album de Rage Against The Machine (Killing In The Name, Freedom) l’illustre à merveille, et d’autres groupes pousseront le procédé encore plus loin en descendant encore le power chord, tout en accordant les autres cordes à l’avenant. CGCFAD, voire BF#BEG#C#… Gros tirants de cordes vivement recommandés.

Un Barré, un accord

Allons encore un peu plus loin et re-envisageons entièrement l’accordage de notre guitare…

Impossible, sur ce sujet, de faire l’impasse sur Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, qui a fait de l’Open Tuning de Sol (entre autres) une composante de son style.

Mais Keith n’a pas le monopole de cette démarche : en bon fan de blues, il s’est approprié une façon de faire que bien d’illustres bluesmen avaient adopté avant lui… Il sera question ici des Open Tunings de Ré et de Sol.

  • Pour le Ré : Les notes sont DADF#AD. Descendre le Mi grave d’un ton, le Sol d’1/2 ton, le Si d’un ton ; le La et le Ré restent identiques.
  • Pour le Sol : Les notes sont DGDGBD. Descendre le Mi grave d’un ton, le La d’un ton, le Mi aigu d’un ton. Le Ré, le Sol, le Si restent identiques.

Deux accordages qui, lorsqu’on joue toutes les cordes à vide, laissent entendre un accord majeur… Ce qui présente l’avantage d’avoir juste un barré à faire (un barré, c’est déjà beaucoup, me direz-vous) pour jouer n’importe quel accord majeur sur le manche, et des combinaisons simples pour jouer ses variantes, sus2, sus4… Ça, c’est la méthode Keith Richards.

Mais là où les musiciens de blues ont tout de suite compris l’intérêt de l’Open Tuning, c’est quand il s’agit de jouer au bottleneck, et faire des glissandos sur un accord majeur… Tout en alternant, quelquefois, bottleneck et jeu traditionnel. Comme sur ce morceau de Robert Johnson, basé sur un Open Tuning de Ré, avec un capo à la 4ème case.

Notons que si on baisse encore cet Open Tuning de Ré d’1/2 ton ou d’un ton, (ce qui donne C#G#C#FG#C# et CGCEGC) on gagne évidemment en graves et en profondeur… Ce type d’accordage, tout comme le DADGAD, est caractéristique de la tradition folk et celtique, une source à laquelle Jimmy Page de Led Zeppelin, très friand d’Open Tunings, a su puiser à plusieurs reprises.

De Sonic Youth à Glenn Branca : les jusqu’au-boutistes…

« Quand on accorde une guitare d’une nouvelle manière, on redevient un débutant et on peut découvrir un tas de choses nouvelles… Ça nous a permis de désapprendre beaucoup de choses qu’on pensait savoir sur la guitare. » (Lee Renaldo)

De 1983 à 2011, le groupe new yorkais Sonic Youth fut l’étendard d’une certaine vision du rock, expérimentale mais mélodique, alternative et référencée mais populaire. La façon particulière, et iconoclaste, qu’avaient ses deux guitaristes, Thurston Moore et Lee Renaldo, d’envisager l’instrument et son accordage, fait partie intégrante de son son et de sa singularité… Ce qui fit de leur cambriolage en 2011 une véritable catastrophe pour le groupe, certains morceaux étant intimement liés à certaines de leurs guitares, toutes singulières, aujourd’hui perdues.

Là encore, en matière d’accordages alternatifs, ils ne furent pas les premiers : enfants pop de l’avant-garde new-yorkaise, Sonic Youth a défriché un terrain déjà bien abordé par, notamment, Glenn Branca, avec qui ils ont joué avant de former le groupe… Et peut-être encore plus extrême, puisque connu pour son accordage en E E E E E E…

Les curieux se jetteront sur le site officiel du groupe, site qui, chose relativement rare, recense tous les morceaux du groupe et leur façon de les jouer, accordages inclus.

Même si ceux-ci sont nombreux (obligeant le groupe à se présenter sur scène équipé d’un nombre invraisemblable de guitares !), une dominante apparaît, souvent déclinée : G G D D G G, G G D D G G#, voire G G D D G# G#

Un type d’accordage peu commun, qui a la particularité de présenter trois doublages de cordes. Deux cordes de guitare électrique jouant la même note au même moment, c’est un son particulier, déjà… Mais quand deux cordes jouant deux notes espacées d’un demi-ton, comme dans le 2ème cas, on entre dans le registre de la dissonance, dont Sonic Youth fut particulièrement adepte.

Celui qui connaît bien le son du groupe se retrouvera très vite en terrain connu avec cet accordage : un simple accord à vide, ou un barré, et l’empreinte du groupe est déjà identifiable.

Dans vos cordes…

Il va de soi que cet article est loin d’être exhaustif, ce n’est qu’un survol de la question, et on peut facilement trouver, en cherchant un peu, bien d’autres exemples d’accordage. Car le sujet est vaste, les possibilités infinies, et le moindre intervalle alternatif entre deux cordes implique une sonorité différente, des positions adaptées… Au risque de s’y perdre, évidemment, mais n’est-ce pas un peu le but ?

Au delà de l’aspect purement technique, il est intéressant de constater qu’en passant de main en main, (Jimmy Page et la folk, Keith Richards et le blues…) certains accordages, empruntés aux aînés, accentuent des filiations et créent parfois des ponts entre les époques et les genres musicaux. D’où, peut-être, l’intérêt de puiser à la source d’illustres modèles passés… Tout en sachant que l’Open Tuning le plus inspirant sera peut-être celui que vous aurez trouvé vous-même !

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