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La guitare électrique et les effets – Deuxième partie

Deuxième volet de ce vaste sujet… Pour mémoire, la première partie abordait quelques piliers fondateurs du monde merveilleux, et parfois mystérieux, des effets de la guitare électrique, tout en laissant quelques grandes questions en suspens. Quand la guitare électrique lorgne sur la trompette, le synthétiseur ou le violon… Quand elle cherche à se dédoubler, à se mettre en boucle ou se démultiplier… c’est un vaste champ de découvertes qui s’offre à nous. Continuer à lire

La Wah-Wah

Au commencement, la wah-wah fut un effet purement acoustique associé à la trompette et au trombone… C’est en effet en actionnant manuellement la sourdine de leur instrument, pour en modifier la tonalité, que quelques illustres jazzmen tels que Duke Ellington ou Clyde McCoy créèrent cet effet si caractéristique. La petite histoire raconte d’ailleurs que l’intention première de la première pédale wah-wah, introduite par la marque Vox en 1967, était de décliner à la guitare l’effet wah-wah de Clyde Mc Coy…

Quoi qu’il en soit, l’effet, dans sa version guitare, était encore tout nouveau quand Jimi Hendrix s’en empara (et, notamment à travers l’intro de Voodoo Chile, le rendit indissociable de son nom dans l’inconscient collectif !) et Frank Zappa ne tardera pas à lui emboîter le pas.

On notera que là ou certains (y compris Stevie Wonder, appliquant l’effet aux claviers !) ou Isaac Hayes dans l’inoubliable Shaft, emploient l’effet dans une perspective principalement rythmique, lorgnant vers le funk et le groove, d’autres, comme Ron Asherton au sein des Stooges, abordèrent l’effet de façon plus primale et bruitiste. D’autres encore, comme Mark Knopfler de Dire Straits, avec Money For Nothing, ou Jimmy Page de Led Zeppelin, avec le solo de Whole Lotta Love (à 2’23) furent occasionnellement adeptes du grain particulier de la wah wah en position fixe.

Le Chorus

Le mot « Chorus » signifie « chœur » en anglais, ce qui traduit bien le but avoué de l’effet : se rapprocher du son produit par plusieurs chanteurs ou musiciens jouant la même chose. Ainsi, dédoublant le signal sonore avec une très légère variation de hauteur, le chorus aura pour effet d’en élargir le spectre harmonique, et d’en accentuer l’épaisseur.

Notons que l’effet, au départ, fut dédié à l’orgue Hammond, puis aux synthétiseurs. Mais Roland, notable fabricant de synthés, eut un jour, en 1975, l’idée d’incorporer le chorus à un ampli, le Jazz Chorus… Or, l’ampli, conçu pour les claviers fut rapidement plébiscité par les guitaristes. Face au succès de l’effet auprès de ceux-ci, Roland créa la première pédale de chorus, la Chorus Ensemble… dont Andy Summers, de The Police, s’emparera parmi les premiers, et en fera une composante essentielle de son style. Walking On The Moon, notamment, en témoigne.

Les années 80, et la new wave naissante, (The Smiths, et tant d’autres) se sont emparés de cet effet, en rupture avec les sons saturés des années 70, mais aussi du mouvement punk ; Et pourtant, contre toute attente, c’est Nirvana qui ancrera l’effet au goût des 90’s naissantes avec l’album Nevermind, et évidemment Come As You Are

Le E-Bow

Le E-Bow, comme son nom l’indique, est un archet électronique… et donc, le seul effet évoqué ici qui n’intervient pas sur le signal, mais directement sur le mouvement des cordes : on approche l’appareil de celles-ci pour les faire vibrer, comme le ferait un archet, mais sans les toucher, par une action magnétique. L’e-bow change considérablement le son de la guitare, en l’éloignant de ses caractéristiques traditionnelles : attaque lente, sustain infini, un son qui se rapproche des cordes frottées, mais aussi du larsen…

Inventé par Greg Heet en 1969, il sera commercialisé en 1976. Steve Hackett de Genesis (à 1,26), Chris Stein de Blondie, et Frank Zappa (encore une fois !) figurèrent parmi les pionniers de l’appareil durant les années 70… Mais il est intéressant de constater que le e-bow se répandit surtout dans les années 90, à croire qu’il était décidément trop en avance sur son temps. U2, Radiohead, Sigur Ros notamment, donnèrent à l’appareil, bien que relativement marginal et encore un peu extraterrestre, ses lettres de noblesse.

(Contrairement aux idées reçues, le son de Heroes de David Bowie n’a pas été produit avec un e-bow… Mais il aurait pu ! Toute l’histoire est ici.)

Octaver / Harmonizer / Whammy

Comment se fait-il que sur l’intro de Seven Nation Army des White Stripes, on jurerait entendre une basse, alors que le groupe est notoirement un duo guitare/batterie ? On pourrait imaginer qu’une ligne de basse supplémentaire a été enregistrée en studio, mais la vérité est autre : C’est par un effet d’octaver (le Pog d’Electro-Harmonix, en l’occurence) que Jack White double le son de sa guitare, par un son identique, mais reproduit à l’octave d’en-dessous. Son ancêtre est l’octavia, créé pour Jimi Hendrix en 1967 par son technicien Roger Mayer, qui, lui, doublait le son à l’octave supérieur, et le mélangeait à la fuzz.. Hendrix l’utilisera notamment pour le solo de Purple Haze.

Une étape supplémentaire fut franchie avec l’harmonizer, qui ajoute le ou les intervalles qu’on souhaite à la note d’origine… Les plus sophistiqués d’entre eux, les harmonizers intelligents, adapteront les notes ajoutées en fonction d’une tonalité choisie. Steve Vai, guitar hero des années 80, est connu pour être un adepte de l’harmonizer Eventide, comme dans l’irréel Ballerina 12/24

En 1990, la commercialisation de la Whammy par Digitech poussa plus loin le procédé, en rendant possible la variation de hauteur en temps réel, s’actionnant au pied sur le même principe qu’une pédale wah-wah… Parmi les guitaristes ayant intégré cet effet à leur style, l’un des plus notables est peut-être Tom Morello de Rage Against The Machine : Le solo de Killing In The Name (à 3,50) en témoigne, avec ses variations de hauteur, montant et descendant d’un octave, qui peuvent surprendre l’auditeur novice. Il est vrai qu’on entre là dans une conception très synthétique de la modification sonore, de quoi effrayer les puristes !

(Notons que la whammy, comme le e-bow, sont des inventions brevetées, ce qui les rend exclusivement liées à la marque qui les a vus naître. En d’autres termes, on peut choisir entre des dizaines de pédales chorus, fabriquées par des marques différentes, mais seul Heet Sound fabrique des E-Bows, et seul Digitech fabrique des pédales whammy. C’est ainsi…)

La Compression

Procédé tout droit issu du monde de l’enregistrement studio avant d’être décliné en pédales d’effet et appliqué à la guitare, (mais… comme tant d’autres finalement !), la compression a pour but de réguler le volume de l’instrument. En réduisant le volume des attaques les plus fortes, et en amplifiant les plus douces, elle réduira l’amplitude entre ces deux extrêmes… Ce qui pourra permettre, lors d’un mixage notamment, d’augmenter le volume de l’instrument. Mais aussi d’en accentuer la définition, la dynamique, le sustain…

Recommandé aux guitaristes solistes donc, mais la compression est aussi l’amie des guitaristes funk, et Nile Rodgers, ici à la guitare de cet incontournable tube de Daft Punk, en sait quelque chose.

Le Looper

Jouer une partie de guitare, (ou une voix… ou ce qu’on veut, d’ailleurs), et, par deux coups de pédale bien placés, la faire tourner en boucle, puis rejouer par-dessus, et ainsi de suite jusqu’à l’infini : Tel est le principe de la pédale looper, qu’on appellera également pédale loop, boucleur ou pédale boucle. Peut être un peu en perte de vitesse aujourd’hui, le procédé, très pratique pour les musiciens solo, fut beaucoup utilisé dans les années 2000, même s’il faut remonter aux delays numériques des années 80, et notamment l’Echoplex de Gibson, pour en trouver l’origine.

La scène française notamment n’a pas lésiné sur son utilisation, notamment M, Nosfell, ou encore Dominique A, qui en fut un fervent adepte. On peut le voir ici accumuler les boucles pour bâtir une impressionnante cathédrale sonore.

Welcome to the Machine!

Voilà pour l’essentiel… Encore qu’il y aurait encore matière à développer, à classer les gammes d’effets en sous-catégories supplémentaires, preuve s’il en est que le sujet est infini. Prenons garde toutefois à ne pas nous égarer dans les méandres de cette forêt sonore ! Même s’il est tentant de tout essayer, chacun de ces effets demande un certain temps d’acclimatation, de sensibilité et de dosage, et décuple son efficacité lorsqu’il est employé à bon escient. Quant aux amplis numériques munis d’effets intégrés, et aux multi-effets bon marché, s’ils présentent l’avantage de rendre beaucoup de choses accessibles, il va de soi qu’ils ne remplacent pas une série de pédales soigneusement choisies, certes plus onéreuses mais de qualité tellement supérieure…

En bref, pour le guitariste explorateur du son, la route est longue, mais intense !

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