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Fender versus Gibson – 2ème partie

Nous avons pris le temps de nous attarder sur l’historique des deux marques mythiques, l’importance et le caractère souvent largement précurseur de leurs modèles les plus emblématiques, en évoquant un point crucial sur lequel nous allons revenir ici : le son. Puisque la vie est faite de choix, devoir choisir entre l’achat d’une Fender et celui d’une Gibson peut s’avérer un dilemme cornélien. Quelles sont les principales caractéristiques sonores des Fender et des Gibson, à quel type d’usage musical ont-elles été associées, ou peuvent-elles être prédestinées ? Continuer à lire

Une histoire de micros : simple ou double bobinage ?

Commençons par ce point, puisqu’il est au cœur du débat : la principale différence entre le son Fender et le son Gibson, tient à une différence de micros : micros simple bobinage pour Fender, ou double bobinage pour Gibson.

Techniquement…

A quoi cela tient ? Au départ, il y eut le micro simple bobinage, ou single coil. Constitué d’une série d’aimants puissants situés sous les cordes, le tout étant enserré par une bobine de milliers de tours d’un fil électrique très fin. Le single coil n’est pas exempt de défauts : réagissant aux ondes électromagnétiques et/ou à l’électricité ambiante, il produit des bourdonnements parasites… Et c’est là la première motivation de l’invention du double bobinage. Qu’on nomme également « humbucker ». Littéralement : réducteur de bourdonnements.

En effet, un ingénieur de chez Gibson, pour parer à ce problème, a eu l’idée de monter deux single coils en opposition de phase, provoquant une neutralisation des perturbations en question, mais aussi un renforcement du signal. Et c’est précisément là où la différence se situe.

Pour schématiser, disons qu’une Fender est équipée de micros simple bobinage, ceux-ci, brillants, cristallins, étant taillés pour le son clair. A l’inverse, une Gibson, équipée de micros double bobinage, sera plus naturellement encline à produire des sons très saturés.

Jazz, country, soul, rock…

Il serait pourtant faux de dire que les Gibson ne sont pas faites pour le son clair… L’histoire de la guitare jazz, par exemple, est intimement liée aux guitares arch-tops de chez Gibson. Cette version de Round Midnight par Wes Montgomery est un bon exemple de son clair façon Gibson, avec cette rondeur recherchée dans la guitare jazz, qu’on trouvera en utilisant le micro grave, en baissant éventuellement le bouton de la tonalité.

Le penchant pour les micros double bobinage à saturer plus vite n’en reste pas moins un atout dans ce type de son, et on va rechercher ce léger « crunch » sur les attaques plus vives…

Le son des guitares Fender, beaucoup plus sec, plus ancré dans les aigüs, a beaucoup moins d’affinités avec la guitare jazz. Et, de fait, peu de guitaristes jazz jouent sur Fender. C’est, initialement, plutôt dans la country qu’on va adopter les premières Telecaster, et notamment dans le trio originel de Johnny Cash dans les années 50. On peut le voir ici dans une version télévisée de Walk The Line, où les ponctuations de Luther Perkins se mêlent à la rythmique folk du patron.

Le terme « tranchant » est souvent utilisé pour qualifier un certain emploi de la Telecaster en guitare rythmique, et plus spécifiquement en micro aigü. Un son qu’on retrouvera dans le monde de la soul, avec le jeu de Steve Cropper au sein de Stax… Une façon de jouer, souvent relativement discrète, faite de ponctuations rythmiques très précises, complétant ou répondant aux impulsions des cuivres. Soul Man de Sam and Dave en est un bon exemple.

Mais dans une toute autre époque et un tout autre style, (nous voilà en 79, dans les derniers sursauts du mouvement punk), c’est typiquement le son aigü de la Telecaster qu’on retrouve chez Joe Strummer des Clash dans la rythmique de London Calling… Une Telecaster plus saturée, plus agressive, un registre qui lui va très bien aussi.

Rythmique ou solo ?

Ces exemples le montrent, c’est souvent en guitare rythmique qu’on va retrouver la Telecaster, qui s’y prête particulièrement bien. Non pas qu’elle soit inadaptée aux solistes – Jon Greenwood de Radiohead l’a largement montré.

Mais les guitaristes solistes lui préféreront souvent la Stratocaster, dont l’ergonomie élancée, et la présence du vibrato, ont contribué à immortaliser comme l’instrument fétiche des guitar heroes. Comme on a déjà pu le voir, le nombre de solistes l’ayant adopté, de Hendrix à Clapton en passant par Jeff Beck et Mark Knopfler, y est pour beaucoup.

D’autres, recherchant plus de saturation et de puissance, se tourneront vers le gros son des guitares Gibson. Nous avons pu voir, dans la première partie de cet article, à quel point, depuis les années 70, la frange la plus heavy du rock avait jeté son dévolu sur elles. On pensera à certains des utilisateurs les plus mythiques de la Gibson Les Paul, Jimmy Page de Led Zeppelin pour les 70’s, Slash de Guns N’Roses pour les années 90, ou encore à Gary Moore et son interminable note tenue dans Parisienne Walkways, illustrant le fameux sustain caractéristique des Les Paul…

Et pourtant…

Strato pour les solos, Tele pour les rythmiques ? Fender pour le son clair, Gibson pour les sons saturés ? Dit comme ça, ça a l’air simple, mais ça ne l’est jamais tant que ça. Entre les mains de Jimi Hendrix, la Stratocaster n’est pas seulement une guitare de soliste, et se prête à merveille aux rythmiques fluides de Little Wing ou à cette longue impro de Woodstock, tendant à gommer cette distinction, un brin désuète d’ailleurs, entre guitare solo et guitare rythmique. Quant à la prédisposition des Fender pour le son clair et les arpèges délicats, il suffit de voir cette interprétation de Wild Thing pour la relativiser.

Jon Greenwood de Radiohead, encore lui, ne rechigne pas à pousser sa Telecaster dans les derniers retranchements de la saturation, c’est assez criant dans Creep.

De fait, la plupart des guitares mythiques, Fender comme Gibson, peuvent avoir des caractéristiques qui les prédestinent à tel ou tel usage, c’est souvent accentué, d’ailleurs, par l’image que ces guitares entretiennent, et les figures mythiques qui les ont tenues entre leurs mains… Mais rares sont les instruments à usage unique, et la plupart de ces guitares sont assez polyvalentes.

Mention spéciale à la Fender Stratocaster : étincelante dans les rythmiques funk de Nile Rodgers, mais déjà présente chez un pionnier du rock n’roll comme Buddy Holly, entre les mains d’un bluesman comme Buddy Guy ou celles d’Albert Hammond Jr. au sein des jeunes Strokes années 2000, en plus de tous les guitar heroes déjà cités, la Strat, avec ses 3 micros, et la recherche de modernité qui a mené à sa création, est peut-être l’instrument ultime en terme de polyvalence. C’est sans doute, d’ailleurs, ce qui explique le nombre énorme de copies bon marché qui existent… Un choix un brin classique aux goûts de certains, mais une valeur sûre quoi qu’il en soit.

Laquelle choisir ?

Choisir entre une Fender ou une Gibson, quand il s’agit d’acquérir une première « bonne » guitare, n’est pas toujours chose évidente. Elle peut l’être, quand on sait précisément vers quoi nos goûts nous dirigent, mais quand on se cherche encore, quand on aime des choses différentes, voire opposées, et de manière générale, quand on cherche la polyvalence… Faire un choix est souvent synonyme de renoncement. Le mieux étant probablement de prendre le temps de découvrir ces (très) différentes guitares par soi-même… Il arrive souvent que le premier contact avec un instrument soit décisif, et rendent les choix beaucoup plus simples qu’ils n’y paraissent.

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