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Fender versus Gibson – 1ère partie

Aussi incroyable cela puisse paraitre à notre époque, en matière de guitare électrique, s’il fallait définir deux marques incontournables de fabricants d’instruments, deux piliers, on peut parier que pour la plupart des gens, Fender et Gibson seraient spontanément citées. Il suffit de voir n’importe quel festival musical pour constater à quel point les deux marques, et leurs modèles fétiches, sont encore omniprésentes sur scène. On parle là de marques crées pour l’une en 1902, pour l’autre, plus récente (!) en 1946. Et qui furent partie prenante de l’évolution de l’instrument et de son essence même. Comment tout cela a t-il commencé ? Quels sont les modèles les plus marquants ? Penchons-nous de plus près sur la question. Continuer à lire

fender

Les standards

Dès lors que les micros et l’ampli suffisent à la diffusion du son, une guitare électrique a t-elle toujours besoin d’une caisse ?

Si Leo Fender, dans les années 40, ne s’était pas posé cette question, l’histoire de la guitare électrique, de toute évidence, n’aurait pas été la même. Certes, Rickenbacker était dans des recherches similaires et déjà inventait la « Frying Pan » (« poële à frire ») en 1930, le premier lap steel à corps plein…

Et le guitariste et inventeur Les Paul, avant que son nom ne soit associé à une célébrissime guitare Gibson dont nous reparlerons plus tard, avait lui-même créé un prototype de guitare étrangement hybride qui fut refusé – ironie du sort – par Gibson, « the Log » (la bûche !) en 1940.

Les guitares électriques Fender Telecaster et Stratocaster

Mais parallèlement à ces recherches, à ces modèles dont les noms trahissent bien (et non sans ironie !) une conception encore assez primitive de la chose, on peut dire que c’est bien Leo Fender qui inventa la guitare électrique moderne et son esthétique. Tout d’abord avec sa Esquire, qui deviendra la Broadcaster, avant d’être rebaptisée Telecaster pour des raisons de droit. Une guitare débarrassée de sa caisse encombrante et génératrice de larsen, ce qui en fait un instrument beaucoup plus petit que la normale : La Telecaster, en 1946, avait de quoi surprendre. Elle fit, dans un premier temps, le bonheur des guitaristes country… Le rock n’roll n’avait pas encore été inventé. Mais quand les années 60 arrivèrent, la Tele (baptisée ainsi en hommage à une autre grande invention de cette époque) fut appréciée par Bob Dylan

… par Syd Barrett dans les premières heures de Pink Floyd

… ou encore par Steve Cropper chez Stax, aux côtés de Booker T. & the MG’s, Otis Redding et tant d’autres.

Autant de guitaristes (pour ne citer que quelques exemples) qui ont su tirer parti, chacun à sa manière, de la sonorité aigüe et tranchante de cette guitare.

Leo Fender sera très vite tenté d’aller encore plus loin en inventant la Stratocaster : trois micros, une forme élancée et ergonomique (une découpe dans le dos de la guitare, adaptée à la morphologie du corps, permet d’éviter l’angle), l’invention du chevalet flottant, ou vibrato, et voici ce qui deviendra le prototype de la guitare électrique moderne, dés 1954.

On retrouvera vite la guitare rouge entre les mains de Buddy Holly

… puis de Hank Marvin des Shadows, qui saura apprécier son vibrato et la brillance de sa sonorité.

Une dizaine d’années plus tard, Jimi Hendrix, gaucher, la prendra à l’envers, montera le son de l’ampli et poussera la belle Strato – et par ce biais, la guitare électrique dans son ensemble – dans ses ultimes retranchements.

Si la Telecaster est prisée des guitaristes rythmiques, la Stratocaster est la guitare de soliste par excellence : d’Eric Clapton à David Gilmour

… en passant par Mark Knopfler

… on ne compte pas les guitar heroes tirant partie de son ergonomie parfaite pour égrener des solos aériens.

Fender Stratocaster

La guitare électrique Gibson Les Paul

C’est entre la naissance de la Telecaster et celle de la Stratocaster, que la firme Gibson commercialisa la Les Paul en 1952. Déjà présente depuis une cinquantaine d’années, et dédiée au départ à la fabrication de mandolines, la société Gibson cherchait elle aussi à innover et se positionner dans le domaine de la guitare électrique. Après quelques années de fabrication de guitares électriques arch-top (ou demi-caisse), la guitare Les Paul, conçue en étroite collaboration avec le musicien dont elle tire son nom, fut le premier modèle de guitare électrique à corps plein créé par Gibson. Une guitare clairement très différente de celles crées par Fender : beaucoup plus lourde, avec un tout autre type de manche, une autre esthétique, un autre type de micros… et, par conséquent, un tout autre type de son et d’usage. Associée, dans l’inconscient collectif, à Jimmy Page de Led Zeppelin

… ou, plus tard, à Slash de Guns n’Roses, la Les Paul, avec ses micros double bobinage, est taillée sur mesure pour les sons saturés du hard rock, et s’épanouit pleinement dans un ampli Marshall tournant à plein régime.

On peut donc dire que dés 1956, les principaux modèles de guitare électrique avaient été créés, comme autant de points de repère pour les décennies à venir… Mais ni Fender, ni Gibson ne s’arrêteront là.

gibson les paul

Les autres guitares Gibson : de la Firebird à la Jazzmaster

Ce qui est amusant avec l’histoire de la guitare électrique, c’est de constater à quel point, parfois, les modèles les plus emblématiques d’une époque et d’un mouvement musical ont été créés à des époques bien antérieures à celle-ci… Imagine t-on Elvis Presley avec une Gibson Flying V ? L’association des deux est difficile, quasiment anachronique… Et pourtant, la Flying V a été produite en 1958, quand Elvis était au sommet de sa gloire.

De fait, certains des modèles de guitare les plus emblématiques du hard rock des années 70, (SG, Flying V, Firebird, Explorer), voire quelquefois 80, ont été créés par Gibson… Mais bien avant. Trop en avance sur son temps, la Flying V fut retirée de la vente en 1958, soit un an après sa création. Elle était tellement étrange pour son époque, que certains commerçants l’utilisèrent pour la devanture de leur magasin, comme si son exubérance la condamnait à être un gadget esthétique futuriste, plutôt qu’un véritable instrument.

Il faudra attendre 1967, date de la recréation de ce modèle, pour qu’elle ne tombe entre les mains de Jimi Hendrix

… mais aussi du bluesman Albert King.

Son excentricité allait enfin trouver preneur et se retrouver en phase avec une époque, qui verrait bientôt naître le hard-rock…

Gibson Flying V

Un genre musical qui d’ailleurs se retrouvera dans d’autres créations exubérantes de Gibson ayant eu des destinées similaires : La Firebird, née en 1963, et sa forme inversée, et surtout l’Explorer, d’abord opportunément nommée Futura, née en 1958 (!)… Et, tout comme la Flying V, stoppée l’année d’après, avant de renaître en 1975. Motörhead, Lynyrd Skynyrd, Scorpions, ZZ Top, et tant d’autres, étaient passés par là.

N’oublions pas la célèbre Gibson SG. Cette guitare a été pensée au départ comme une amélioration de la Gibson Les Paul, au point d’être nommée dans un premier temps « Les Paul Custom », ce qui peut surprendre aujourd’hui, tant l’une et l’autre sont différentes. Elle fut d’ailleurs rebaptisée SG après un différend avec Les Paul lui-même, n’appréciant guère cette guitare légère aux cornes pointues et diaboliques qui firent là encore le bonheur de l’imagerie du hard rock. Arborée par Tomi Iommi de Black Sabbath

… elle le fut aussi, et surtout, par Angus Young d’AC/DC, bien sûr, auquel elle restera associée pour l’éternité. Rarement on aura vu une telle symbiose entre le guitariste d’un groupe, son instrument et l’image du groupe en question.

Les autres guitares Fender : de la JazzMaster à la Jaguar

Les créations de Leo Fender étaient d’un tout autre style… La Jazzmaster, commercialisée en 1958, est un bon exemple de guitare n’ayant pas spontanément rencontré son public. Son nom, déjà, porte la trace d’un malentendu : la guitare, haut-de-gamme de chez Fender, à l’électronique sophistiquée, était initialement destinée au jazz. Mais on peinerait probablement à trouver une photo de guitariste de jazz jouant sur une Jazzmaster, et c’est dans un tout autre registre, dans le surf-rock, entre les mains des Ventures et Beach Boys, que cette guitare trouvera sa place… Au point de pousser Leo Fender à inventer la Jaguar, spécifiquement dédiée à cet usage.

La suite est encore une histoire de mauvais timing : le surf-rock étant passé de mode dans les années 70, les belles Jaguar et Jazzmaster, dont l’esthétique n’est peut-être plus en phase avec l’époque, tombent un peu en désuétude, au point d’être retirées du catalogue en 1977. Or, c’est pile l’époque où le punk et la new wave réhabilitent ces guitares… Elvis Costello arbore fièrement une Jazzmaster sur la pochette de son 1er album, « My Aim Is True.

Robert Smith de The Cure ne tardera pas à s’en emparer pour en tirer des arpèges cristallins et noyés de reverb…

… Tom Verlaine de Television en sera adepte lui aussi.

L’après-punk, cherchant à se démarquer des Gibson trop tapageuses et des Stratocasters trop classiques, se prendra d’affection pour ces guitares élégantes semblant issues d’un autre temps, comme nostalgiques d’une certaine naïveté sixties.

Quelques années plus tard encore, dans les années 90, une autre vague, celle du rock indépendant américain, de la noisy pop et du grunge, réhabilitera elle aussi Jaguars et Jazzmasters, et il n’était pas rare d’en voir une entre les mains d’un membre de Placebo, Sonic Youth, My Bloody Valentine (voir la pochette mythique de « Loveless »), Dinosaur Jr. et bien sûr Nirvana

Cette fois, la firme Fender se décide à rééditer ces guitares, ainsi que leur petite soeur la Mustang, modèle d’entrée de gamme conçu en 1964 qui leur est fréquemment associé.

Au final

Evidemment, de Vox à Rickenbacker, en passant par Gretsch et tant d’autres, les créateurs de guitares électriques ne manquent pas, particulièrement inspirés en cette période d’invention et d’expansion de l’instrument, mais quand même… On a peine à croire à tant d’innovation et d’imagination concentrées dans les productions de ces deux marques. Mais au-delà de cet inventaire non exhaustif, il est important de parler des identités sonores respectives, très différentes et très fortes, des Fender et des Gibson. La question est décisive : Etes-vous plutôt Fender ou plutôt Gibson ? En fonction de nos goûts musicaux et de nos préférences, dans quelle direction aller ?

guitare fender gibson