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David Bowie et ses guitaristes, 1ère partie

Cinq ans, déjà, que David Bowie a achevé son séjour sur Terre, laissant ses fans inconsolables… Que dire qui n’ait déjà été dit sur la singularité et la richesse de son parcours musical ? Une façon comme une autre d’aborder le sujet, serait de le faire à travers l’évocation des guitaristes ayant jalonné ce parcours. Car, les connaisseurs de l’oeuvre de Bowie le savent, « Ziggy Stardust » doit beaucoup à Mick Ronson, « Let’s Dance » ne serait rien sans Nile Rodgers… Cela vaut bien une petite galerie de portraits, dans laquelle il sera question de glam-rock – évidemment – mais aussi de hard rock et de metal, de funk, de jazz et de blues, de musique expérimentale et progressive… Car, oui, en traversant ses différentes périodes, David Bowie, toujours très curieux, a abordé pas mal de styles, et les environnements musicaux respectifs de ses guitaristes en portent la trace. Continuer à lire

Mick Ronson

S’il ne fallait en citer qu’un… Associé à la période glam de Bowie, Mick Ronson fut en effet son acolyte de 1969 à 1973, présent sur 5 albums : « The Man Who Sold The World », « Hunky Dory », « The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars », « Aladdin Sane » et l’album de reprises « Pin Ups ». Après quoi, Bowie partit vers d’autres horizons musicaux et se tourna vers d’autres musiciens, mais nous y reviendrons…

Le profil de Mick Ronson peut surprendre : influencé par les guitar heroes de l’époque, Jeff Beck, Clapton ou Hendrix, Ronson est un guitariste en phase avec la mouvance de cette période charnière, imprégnée de blues et tournée vers les lourdes saturations de ce qui deviendra le hard rock. Le premier album qu’il fit avec David Bowie, « The Man Who Sold The World », le plus rock, le plus zeppelinien d’entre tous, peut en témoigner, avec des morceaux comme « The Supermen ». Et pourtant, c’est bien le même Mick Ronson que l’on retrouve à l’écriture des arrangements de « Changes », des cuivres de « Kooks », et des cordes tourbillonnantes de « Life On Mars », sur l’album suivant, « Hunky Dory » en 1971… Tel était le glam rock, conciliant distorsion et paillettes, énergie et dentelle.

Le David Bowie de l’époque doit beaucoup à Mick Ronson, guitariste inspiré, mais aussi co-compositeur et arrangeur hors pair. Chez lui l’exubérance n’est jamais démonstrative, et ses interventions à la guitare, qu’il s’agisse de ses riffs (« Suffragette city », « Ziggy Stardust », « Jean Genie »), comme de ses parties lead, sont généralement au service de la chanson. L’osmose musicale qui unit Ronson et Bowie est telle, qu’ils la mettront au service d’un autre, à savoir un jeune Lou Reed fraîchement échappé du Velvet Underground, pour un album d’anthologie, « Transformer », qui, en 1972, le remettra sur les rails.

Après Bowie, on retrouvera Mick Ronson en tournée aux côtés de Bob Dylan et la Rolling Thunder Revue en 1975, puis au sein de Mott The Hoople pour une tournée en 1976, et bien plus tard, aux côtés de Morrissey sur l’album « Your Arsenal » en 1993. Il fut également aux commandes de 3 albums solos, dont un posthume, qui ne furent pas couronnés de succès.

Il mourut en 1993 d’un cancer du foie, il avait 46 ans. Tristement, c’est aussi l’année où après Morrissey, il retrouvera le patron le temps de l’album « Black Tie, White Noise ». La vie de Mick Ronson fut courte, mais artistiquement bien remplie, et auréolée de l’aura de Ziggy Stardust.

Carlos Alomar

Bowie, on le sait, a tourné certaines pages de son parcours artistique avec fermeté. Le 3 juillet 1973, à Londres, a eu lieu le dernier concert de la tournée Ziggy Stardust, qui marque l’adieu de David Bowie au personnage de Ziggy… Un adieu que certains prendront pour un retrait définitif de Bowie lui-même.

En réalité, même si le glam rock est encore bien présent en 1973, Bowie est déjà ailleurs : s’installant à New York en 1974, il a les yeux tournés vers la soul et le funk. Pour ce virage qui mènera à « Young Americans » en 1975, puis « Station To Station » en 1976, il reverra de fond en comble sa musique, son esthétique, sa garde robe, et évidemment son propre personnage.

C’est à ce moment qu’intervient Carlos Alomar. A ce moment-là, le guitariste portoricain n’a que 25 ans, mais son parcours est déjà riche : musicien de studio chez RCA, il a accompagné Ben E.King et Chuck Berry, et a fait partie du groupe de scène de James Brown avant de se faire virer pour une erreur, avec le peu de diplomatie qu’on connait à ce dernier… Comme souvent chez Bowie, le rôle de Carlos Alomar outrepasse celui de simple instrumentiste, puisqu’il sera parfois co-compositeur (« Fame ») et qu’on peut lui imputer certains riffs de guitare, clairement identifiables comme des signatures, sur des morceaux comme « Stay » ou « Golden Years ».

Outre les deux albums précités, ceux de la période Thin White Duke, on le retrouvera dans un tout autre registre, et aux côtés d’autres guitaristes – nous allons y venir – , sur la trilogie berlinoise, « Low », « Heroes » et « Lodger ». Puis, aussitôt passée la période « Let’s Dance », avec Nile Rodgers que nous allons aborder, c’est à nouveau Carlos que l’on retrouve dans les crédits de « Tonight » et « Never Let Me Down », les deux albums qui vont suivre… puis dans les années 90 et 2000, sur « Outside », « Heathen » et « Reality ». Carlos Alomar détient un record notoire : il est le musicien (à l’exception du pianiste Mike Garson) à avoir joué sur le plus grand nombre d’albums de David Bowie.

Robert Fripp

Le CV de Robert Fripp est si vaste, si foisonnant, qu’il serait difficile à résumer en quelques phrases. On le connait principalement comme guitariste, compositeur et leader de King Crimson, sommité du rock progressif de la charnière fin 60 – début 70. Mais très vite, le format groupe, ainsi que les limites imposées par le style musical en question, se sont avérés étroits pour ce musicien soucieux d’innovation créatrice. On le croisera aux côtés de Van Der Graaf Generator, Brian Eno, Peter Gabriel ou Talking Heads, et de… King Crimson, auquel il reviendra à plusieurs reprises, dans les années 80, 90 et 2000. Une démarche beaucoup moins nostalgique qu’on pourrait le penser, certains albums tardifs du groupe n’ayant que peu de choses en commun avec le King Crimson de l’époque. Il fut également professeur dans les années 80, à travers les ateliers Guitar Craft, associant apprentissage de la guitare et développement de soi.

Qu’un tel électron libre ait croisé la route de David Bowie, apparait comme une évidence. Il intervient tout d’abord dans l’album « Heroes » en 1977, réalisé avec Brian Eno dont il connait et partage la démarche novatrice : ils avaient déjà réalisé deux albums ensemble, « No Pussyfooting » en 1973 et « Evening Star » en 1975. Des disques précurseurs de l’ambient, situés à des années lumière des canons de la pop, basés sur un travail de textures sonores à partir de bandes passées en boucle…

L’exemple le plus emblématique de l’apport de Fripp à la musique de Bowie va dans cette direction : « Heroes » et ses nappes de guitare hurlantes, qu’on tend à assimiler à tort au E-Bow, cet archet électronique qu’on utilise pour un rendu du même type. La réalité est plus scientifique : il s’agit de nappes de larsen, réalisées avec un soin particulier apporté à l’agencement de l’espace, une certaine distance entre la guitare et l’ampli créant une certaine note…

Autant dire que la démarche de Fripp, extrêmement réfléchie, ne laisse rien au hasard.
On le retrouvera quelques années plus tard, en 1980, sur l’album « Scary Monsters (and Super Creeps) », dans lequel on pourra reconnaitre une autre facette de sa façon de jouer, faite de lignes saccadées, très saturées, volontiers dissonantes, semblant prendre plaisir à bousculer l’agencement harmonique dans lequel elles évoluent… « It’s No Game (part 1) » et sa fin, où Bowie interrompt d’un violent « Shut Up ! » la sortie de piste d’un Fripp en roue libre (du moins en apparence !), le représente assez bien.

Loin d’être un « requin », un musicien exécutant, Robert Fripp apporte une créativité évidente aux albums de Bowie auxquels ils contribue. Malheureusement, cette évidence, soutenue par Brian Eno, Tony Visconti, Bowie de son vivant, et accréditée par de nombreux livres et témoignages, n’a pas été validée par les ayants-droits de Bowie et le PPL (Phonographic Performance Limited), avec qui Robert Fripp est aujourd’hui en conflit juridique.

Ziggy played guitar…

Dans cette galerie de portraits de guitaristes, il serait dommage d’oublier David Bowie lui-même ! Moins virtuose que bien des guitaristes ayant croisé sa route, il n’est pas rare de le voir affublé d’une guitare, souvent folk à 12 cordes (« Space Oddity », bien sûr !), parfois électrique aussi. Le riff d’intro de « Rebel Rebel », par exemple, et toutes les guitares de l’album « Diamond Dogs » sont de lui…

En dehors de Carlos Alomar, dont on a vu qu’il sera partie prenante de bon nombre d’albums dans les décennies à venir, les guitaristes que nous venons d’évoquer ont marqué la toute première période de Bowie, celle qui culmine avec le glam-rock et qu’on pourrait, globalement, dater des années 70. Mais quand Bowie va entrer de plain-pied dans les années 80 avec la tubesque période « Let’s Dance », puis retrouver le chemin de l’expérimentation et s’acoquiner avec les sonorités électroniques des années 90, il sera épaulé par d’autres figures, guitaristes bien sûr, mais toujours un peu plus que cela… Ce sera l’objet de la partie 2 de cet article.

S’il ne fallait retenir qu’un seul morceau de David Bowie, lequel choisiriez – vous ?

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