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David Bowie et ses guitaristes, 2ème partie

Nous l’avons vu dans la première partie de cet article, David Bowie a souvent su s’entourer de guitaristes aux identités musicales fortes. Il a été question de Mick Ronson, Carlos Alomar, Robert Fripp : on peut en ajouter quelques autres, qui lui sont associés eux aussi… Mais associés à d’autres Bowie, à d’autres albums, d’autres périodes et d’autres styles. Car avoir chanté « Changes » n’était pas anodin pour lui : changeant, il l’était, épousant, toujours à sa manière, les contours de son époque.
Celle qui va nous intéresser commence à l’aube de années 80. A l’issue d’un « Scary Monsters », en 1980, qui lui-même fait suite à une trilogie audacieuse enregistrée à Berlin aux côtés de Brian Eno, Bowie semble vouloir revenir à une musique plus directe, plus dansante, et peut-être plus commerciale. C’est là qu’intervient un personnage incontournable… Qu’on assimile évidemment à la guitare, mais dont le champ d’action, comme toujours avec Bowie, dépasse largement le cadre de la 6-cordes. Continuer à lire

Nile Rodgers

A moins de vivre dans une caverne, difficile, ces dernières années, d’être passé à côté du « Get Lucky » de Daft Punk, et cette guitare funky ravageuse de Nile Rodgers… Comme quoi, on a quelquefois droit à une seconde vie, y compris dans la musique, et Nile le sait mieux que quiconque. En 1979, la Disco Demolition Night sonne le glas d’un genre musical omniprésent jusqu’à l’overdose, le disco… Nile, dans son autobiographie, raconte très bien comment à 22 ans, on peut se retrouver, du jour au lendemain, à faire partie du passé. Et pour cause : il fut membre de Chic, groupe disco catapulté star avec les tubes « Le Freak (c’est Chic) », « Everybody Dance », et quelques autres, où son jeu de guitare rythmique dynamique et précis, hérité du funk, fait merveille. Mais comment rebondir après la mort du disco ? Que faire quand on a été propulsé, en tant que musicien, par un genre musical dont les gens ne veulent plus ?

En rencontrant Madonna et David Bowie, par exemple. Nile Rodgers doit beaucoup de sa seconde vie au fait d’avoir été le guitariste, compositeur, et arrangeur de l’album « Let’s Dance », en 1983. Il eut la confiance de Bowie pour mettre en forme des chansons souvent présentées par le patron sous forme de brouillons très inaboutis. L’objectif est clair : faire un album de tubes ! Il semble en effet que Bowie, après une trilogie avec Eno (« Low » « Heroes » « Lodger ») et l’album « Scary Monsters », des disques passionnants mais non taillés pour le grand public et les ondes radiophoniques, voulait ouvertement renouer avec le succès commercial. Ce qui fut le cas, en grande partie grâce à Nile Rodgers, à son sens de l’efficacité harmonique et rythmique, son sens de la ficelle tubesque hérité du disco. Un exemple ? Pour Nile, le refrain arrive en premier ! « Le Freak », « Let’s Dance », « Everybody Dance »…

Mais on connait aussi Nile pour son jeu de guitare imparable déjà évoqué plus haut, qui est sa véritable marque de fabrique. Là où beaucoup d’autres gardant jalousement leurs secrets, Nile Rodgers prend un plaisir certain à expliquer, décortiquer sa façon de faire, quand l’occasion se présente. Comme dans cette vidéo, évoquant la genèse du morceau « Let’s Dance », passionnant comme toujours… Ce « Let’s Dance » flirtant mine de rien avec les harmonies du jazz, et qui, comme il l’explique dans la vidéo, en cette période anti-disco, ne devait surtout pas sonner funky… Un comble venant de lui.

Reeves Gabrels

Avec David Bowie, on n’est jamais à l’abri d’une surprise ou d’un revirement. En 1987, il sort d’une période peu reluisante, avec des albums qui ne figurent pas parmi les plus inspirés ni les plus courageux : « Tonight » puis « Never Let Me Down », qui peinent à retrouver l’étincelle de « Let’s Dance ». Méprisé par la critique et délaissé par le grand public, il perd de son aura… Il est temps d’un recentrage, de retrouver ce goût du risque qui l’a quitté ces dernières années.

La mutation commence en 1989 avec Tin Machine, un groupe dont Bowie est le chanteur. Beaucoup de morceaux sont co-signés par les membres du groupe, et le public est légitimement surpris de voir Bowie se fondre ainsi, assez humblement, dans l’identité d’une formation… Façon pour Bowie de marquer un retour à une musique moins racoleuse et plus brute, entre seconde jeunesse et quête d’une crédibilité retrouvée. Tin Machine durera le temps de deux albums et d’un live, sans atteindre la notoriété recherchée. Bowie passera vite à autre chose…

Mais cette étrange parenthèse aura le mérite de faire entrer en scène un personnage clé de la suite de l’histoire, le guitariste Reeves Gabrels, qu’ou retrouvera aux côtés de Bowie après la dissolution de Tin Machine, sur trois albums des années 90 : l’expérimental « Outside » réalisé avec Brian Eno, en 1995 ; »Earthling » sorti en 1997, et qui accentuera l’orientation électronique d' »Outside ». Enfin, le dernier, « Hours » en 1999, marque le retour à une esthétique pop plus classique.

Autant dire que Reeves Gabrels fut LE guitariste du Bowie des années 90, accompagnant différentes transitions, du rock à l’électro, avec une couleur metal affirmée, voire industrielle (l’influence de Nine Inch Nails n’est pas toujours très loin). Une guitare qui peut très bien s’accommoder de traitements très synthétiques, se frotter aux samplers et aux rythmiques électroniques de l’époque. Ici, comme souvent avec d’autres, le rôle de Gabrels outrepasse celui du guitariste, puisqu’il co-compose avec Bowie sur la majorité des albums dans lesquels il intervient.
Reeves Gabrels quittera le navire en 1999 et sortira plusieurs albums solos, puis deviendra membre de The Cure à partir de 2012.

Plus d’une corde à son arc

Cette galerie de portraits n’est pas exhaustive : il y aurait des choses à dire encore sur certains passages plus brefs, comme celui de Ben Monder, guitariste venu du jazz et présent sur l’ultime album « Blackstar », ouvrant encore davantage la palette musicale de Bowie ; ou encore Stevie Ray Vaughan, étoile filante du blues qui gravera pour l’éternité quelques notes sur « Let’s Dance »…

En tout cas, les musiciens que nous avons abordés, dont les profils, les époques, les influences, sont relativement différents, ont des choses en commun : tous riches d’un parcours singulier et porteurs d’une identité musicale forte, leur rôle outrepasse celui de simple guitariste pour entrer de plein-pied dans celui de la composition, des arrangements et parfois de la production… ils ont ainsi, chacun à leur manière, imprégné la musique de David Bowie.

Avez-vous d’autres exemples de guitaristes qui ont marqué le style musical de certains groupes de rock comme par exemple, Slash avec les Guns&Roses ?

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