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Comment j’ai repris le violoncelle : témoignage de Pascal B

Nous le savons, la musique peut changer un destin, éclairer notre imaginaire. Il suffit d’un pas pour aller vers elle et se laisser guider… Continuer à lire

A l’insu de mon plein gré

Je peux vous le dire, au début, je n’étais pas chaud pour reprendre le violoncelle, mais alors vraiment pas du tout. La vérité, c’est que j’ai été le jouet d’une incroyable machination. Car de mon propre chef, jamais je n’aurais fait le premier pas pour rejoindre ma bête à cordes. C’est un ami, Bertrand, dans mon dos, qui m’a inscrit sur le site de l’école de musique. Cela fonctionne parait-il comme un club de rencontres. Il faut se présenter et dire ce que l’on recherche. Bertrand, par exemple, il a écrit à ma place : « Pascal B. Homme, 45 ans, presque débutant, cherche professeur de violoncelle dans la région d’Epernay. Libre à partir de 18 heures. » Bertrand, c’est le Mozart des blagues à deux balles. Une fois, dans un bar, il m’a poussé dans un karaoké, je ne vous dis pas l’angoisse pour un grand timide comme moi. Déjà, parler en public, pas facile, mais chanter, tu imagines ?

J’ai essayé de résister

Donc un jour quelqu’un sonne à ma porte. Une femme avec des lunettes rondes, style intello, et je me dis, aïe, encore une démarcheuse à domicile qui va essayer de me vendre un aspirateur intelligent. « Bonjour, je suis Christine, la professeure de violoncelle ». Je ne tarde pas à comprendre que Bertrand s’est fait passer pour moi et que je ne vais pas acheter d’aspirateur aujourd’hui. L’impression d’être tombé dans un piège. Je prends alors ma voix de ténor parce que je préfère être franc avec Christine. Je peux lui offrir un café, un dîner, mais pour le violoncelle, pas question ! J’aime bien l’humour mais il y a des limites. Personne n’a jamais joué du violoncelle sous la torture !

Envie de prendre des risques

Je pars pourtant à la recherche du gros violon sur lequel j’ai débuté il y a une éternité. Il m’arrive de le sortir de son étui pour l’astiquer et l’accorder. Bertrand, violoniste amateur, me tanne depuis des années pour que je reprenne la musique. A vrai dire, j’ai écouté tant de merveilleux violoncellistes que je suis bourré de complexes. Reprendre le violoncelle à 45 ans, à Epernay, et pourquoi pas retourner au CM2 ? N’importe quoi. Il y a un âge où il faut cesser d’être ridicule.

Une prof bienveillante… et patiente !

Christine m’attend dans le salon. J’ai un peu honte qu’elle se soit déplacée pour rien. Elle doit me prendre pour un vieux con. Elle examine mon cello puis me demande d’en jouer pour entendre le son. Je lui explique alors que je ne pratique plus depuis de très nombreuses années. Elle me répond que le violoncelle c’est comme le vélo ou le ski, cela ne s’oublie pas. Son sourire ferait fondre un glacier. J’aimerais bien me jeter à l’eau, mais est-ce que je sais toujours nager ?

Le grand plongeon

Bon, elle l’aura voulu. Je pose l’archet sur la corde, appuie sur la baguette et déplie le bras. Une plainte d’hippopotame sort du violoncelle. Grandiose ! Effrayé, le chat s’enfuit de la pièce. Mais Christine me fait signe de continuer, comme sourde à mes borborygmes harmoniques. Je passe d’une corde à une autre, maladroitement, en glissant, comme sur des patins à glace. Pathétique. J’ai l’impression de danser le tango avec un kangourou. C’est ridicule.

Miraculé !

Pourtant, au bout d’un moment, je suis comme en état d’hypnose. Je retrouve progressivement des sensations oubliées. Les doigts qui vibrent sur la corde, l’archet qui devient le prolongement du bras. Waouh ! j’ai l’impression de pleurer comme les freins d’un camion.

L’heure de la vérité

Voilà, j’espère que Christine aura compris qu’il est inutile de miser sur moi. Je déclare que je vais plutôt continuer le footing plutôt que d’agresser mes voisins avec des sons barbares. Mais Christine ne l’entend pas de cette oreille. « Vous avez de bonnes bases au niveau de la position, dit-elle, et en plus vous êtes doué. Vraiment, ce serait dommage de ne pas persévérer. Mais dites-moi, franchement, Pascal : qu’est-ce que vous n’aimez pas dans le violoncelle ? » Ouille, je ne m’attendais pas à cette question sournoise. A court d’argument, je finis par lâcher cette pitoyable explication : « Ça fait peur à mon chat. » « C’est parfait ! répond joyeusement Christine. On dit jeudi prochain ? Même heure ? »

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