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C’est le swing qu’on assassine !

De tous les journalistes et dessinateurs lâchement assassinés la semaine dernière, Cabu était sans doute le plus ouvertement passionné de jazz Continuer à lire

cabu pochettes jazz

De tous les journalistes et dessinateurs lâchement assassinés la semaine dernière, Cabu était sans doute le plus ouvertement passionné de jazz

Pour de très nombreux Français, il fut sans doute le tout premier dessinateur, lorsqu’il était le complice de Dorothée à la télévision : Aujourd’hui 13 janvier 2015, il aurait eu 77 ans…

Dès ses premières armes au cours des années 60, le célèbre dessinateur consacra une grande partie de son travail à la musique, d’abord dans les cabarets parisiens où se produisaient Jacques BREL ou Serge GAINSBOURG.

Mais sa grande passion était le jazz ancien, c’est-à-dire celui qui va du jazz traditionnel (la musique New Orleans puis Chicago des années 20 : Louis ARMSTRONG, Sidney BECHET…) au prémisses du jazz moderne des années 40 et 50 (le be bop de Charlie PARKER et le hard bop des débuts de Miles DAVIS) en passant par l’époque «reine» du jazz, le jazz classique des années 30, plus souvent appelé middle jazz ou tout simplement swing, la principale innovation de ce style étant précisément le balancement (to swing, balancer) caractéristique et souvent irrésistible de ses rythmes.

Quand Cabu dessinait Cab

«Le swing est la pulsation du bonheur», disait-il souvent… Et son bonheur, Jean CABUT le trouvait notamment chez les rois du swing : Count BASIE, Duke ELLINGTON et surtout le chanteur et chef d’orchestre Cab CALLOWAY, encore fringuant lorsque je l’entendis en 1990 au festival Jazz à Vienne :

Cabu poussa son amour pour «Cab» jusqu’à consacrer une BD entière à ce musicien, dans laquelle il se mettait lui-même en scène, en train de narrer l’existence du chanteur au fameux Grand Duduche, l’un de ses personnages fétiches. Mais aujourd’hui, lorsqu’on écoute le grand Calloway chanter Twee-Twee-Tweet en 1939 — alors que Cabu avait 1 an à peine —, difficile de ne pas songer aux millions de tweets #jesuischarlie du triste 7 janvier dernier.

En duo avec Solo

Doté d’un coup de crayon d’une indéniable musicalité — il suffit de voir à quel point les nombreux portraits de jazzmen ci-dessus «swinguent» —, le dessinateur poussait à l’occasion la chansonnette. Il y a quelques années, il avait ainsi rendu hommage à son autre idole, Charles TRENET, en duo avec son fils, le regretté chanteur de rock Mano SOLO :

Mince consolation

Par un heureux hasard, «Cabu» est aussi le nom d’un beau thème de jazz composé par le saxophoniste Roland ALEXANDER.

Cela reste une mince consolation, si l’on songe qu’il est parti dans le vacarme terrifiant d’une mitrailleuse, sans doute la chose la plus éloignée du swing qui se puisse imaginer.

Espérons qu’au paradis des dessinateurs, le swing soit pour lui la pulsation du bonheur éternel.

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