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Le chant ou l’aventure vocale

« Je fais du chant » : cette petite phrase prononcée couramment soulève déjà des questions : car dans la liste des instruments de musique, on trouve la batterie, le piano, le violoncelle, et… le chant. Continuer à lire

Oui, mais le chant n’est pas un instrument ! Selon le CNRTL, il s’agit d’une « intonation particulière de même nature que celle de la parole, à la différence que dans le chant la voix s’élève et s’infléchit bien davantage en modulant sur les différents degrés de l’échelle diatonique accessibles au registre du chanteur. » Pour être exact, on devrait donc parler de « voix chantée ». Mais la voix elle-même n’est-elle pas une production sonore de notre corps ? Alors ne devrions-nous pas parler de « corps vocalisé », « corps chantant » ou « corps musical » ? Car l’instrument que nous utilisons pour chanter, c’est bien le corps. Et la spécificité du chanteur, c’est d’être tout en même temps l’instrument et l’instrumentiste. Celui qui joue et celui qui est joué.

Nous naissons la plupart du temps avec un corps et une voix en état de marche, le premier cri que nous avons poussé lors de notre naissance en est bien la preuve. Puis nous utilisons notre voix pour pleurer, babiller, rire, crier, avant la mise en place du langage qui nous permet de communiquer notre pensée à autrui. Cette voix évolue au fil du temps mais reste unique, tout comme nos empreintes digitales. Personne, dans le monde, ne possède notre voix. Ainsi, le véritable intérêt du travail de chanteur n’est pas de chanter « comme » Beyoncé ou Maria Callas : c’est d’aller vers sa voix, celle qui ne ressemble à aucune autre.

Eh bien, en route ! Suivons notre voix ! Mais pour cela, est-il besoin de prendre des cours ?
La question est légitime : puisque nous l’avons tous, cet instrument magique, avons-nous besoin d’un mode d’emploi pour l’utiliser ? Car il n’existe pas vraiment de chanteur débutant, au sens de « qui n’a jamais chanté ». Tout au long de notre vie, souvent, nous chantons : des comptines, des chansons apprises à l’école, des morceaux entendus à la radio ou sur Internet, dans la voiture, sous la douche…

Chantons sous la pluie

Oui, mais : on peut avoir un joli filet de voix ou aimer simplement pousser la chansonnette, et se trouver limité quand il s’agit de chanter plus fort, d’aller dans les aigus, d’être parfaitement juste et en rythme. Alors on décide de s’adresser à un professeur compétent.

Lors des premiers cours, la difficulté réside dans le fait que nous devons souvent désapprendre certaines choses. Les mâchoires et la langue sont trop crispées, le bas du corps qui doit nous aider à soutenir notre voix ne travaille pas du tout. La respiration est trop haute, la tête va vers l’avant. La liste des « défauts » du chanteur débutant est la même pour tout le monde. Sans parler de l’intimité dévoilée : car lorsque l’on chante, on « montre » son corps chantant à un auditoire, petit ou grand. Mais il y a aussi le plaisir : celui d’apprendre à faire sonner sa voix autrement, à d’autres endroits inexplorés du corps, celui d’émettre des sons puissants sans s’abîmer les cordes vocales, de découvrir des aigus cachés ou d’interpréter de façon personnelle une chanson qui nous émeut particulièrement, sans chercher à imiter l’originale.

À ce travail du corps, il faut ajouter le travail « cérébral » : compréhension du rythme, de la mélodie, de la musicalité d’un morceau… Au début, le chanteur est un peu schizophrène. Il n’est pas rare de voir les élèves connaître très bien leur texte mais oublier soudainement les paroles tant l’attention est portée sur leurs sensations physiques. D’instruments, ils oublient d’être instrumentistes. Parfois c’est le contraire : on compte son nombre de mesures, on se concentre sur le mouvement mélodique, on essaye de faire les nuances appropriées. Dans ce cas, il arrive souvent que le corps soit oublié. C’est souvent le moment où les élèves s’impatientent. Le corps se tend alors, ce qui rend le travail encore plus difficile. Et puis, à force de travail et de temps, le corps garde les bons réflexes en mémoire. Il devient rythmique et musical, le cerveau ne servant plus qu’à envoyer des ordres pour mettre les sons et les mots au bon endroit. On apprend à ressentir et à s’écouter, et à se faire confiance, à être moins dans le mental.

le chant ou l'aventure vocale

Il y a bien un point commun entre le travail du chanteur et celui du pianiste, violoncelliste ou autre : ce sont les années de travail nécessaires pour obtenir une bonne maîtrise de son instrument. L’avantage qu’a le chanteur, c’est que l’instrument en question ne lui coûte pas un centime et se transporte facilement partout. Attention néanmoins à l’entretenir : par une bonne technique vocale, une alimentation saine, de l’exercice physique et du repos. Bref : le chant, c’est la santé !