Du luth oriental au jazz

Le luth oriental, aussi appelé «oud», a depuis longtemps conquis le jazz moderne. Des virtuoses de cet instrument comme Rabih Abou-Khalil ou Marcel Khalifé ont montré la voie dès les années 80. Plus récemment, Amos Hoffman joue avec grâce du oud dans le fameux morceau Aurora d’Avishai Cohen.

Le jeune Mohamed Abozekry relève aujourd’hui le flambeau !

Après un premier album remarqué en 2013, Chaos, dont le titre faisait ouvertement référence aux troubles politiques survenus au Proche-Orient — notamment la révolte du peuple égyptien —, Mohamed Abozekry récidiva en 2015 avec un deuxième disque, Ring Road, aux couleurs instrumentales encore plus riches.

Si le précédent album était centré sur le quartet Heejaz (oud, guitare, contrebasse et percussions), le nouvel opus de celui qui fut sacré «meilleur joueur de oud du monde arabe» à 18 ans proposait en effet une formation «étendue» (Heejaz extended) comportant saxophone, piano, contrebasse, mais aussi tablas indiens et darbouka.

Mohamed-abozekry-heejaz

Brassage multi-culturel

Le brassage d’influences opéré par le jeune oudiste et ses amis devint ainsi encore plus cosmopolite.

On retrouva bien sûr dans Ring Road les traditions arabo-andalouses qui firent le succès du jazz oriental de Rabih Abou-Khalil, et qui étaient déjà très présentes dans le premier album de Mohamed Abozekry & Heejaz, notamment dans le morceau envoûtant Set El Kol :

Et de même, certains morceaux de Ring Road reprenaient les accents tziganes du titre Couleurs (autre morceau présent sur le premier album Chaos) :

Pop jazz ou jazz pop ?

Cependant, grâce notamment à l’ajout d’un piano et d’un saxophone, certains titres de Ring Road rejoignaient les couleurs plus occidentales et pop jazz du dernier album d’Avishai Cohen, comme dans le mélancolique Serague :

Vertige, oud et tablas

Toutefois, Transit, le premier morceau de l’album Ring Road, est peut-être celui qui offrait le plus vertigineux brassage de cultures. On y retrouvait certes le style de l’improvisation arabo-andalouse typique du oud. Mais le piano et le saxophone soprano — influencé par John Coltrane — apportaient une touche de jazz nostalgique. Et quelle ivresse avec ces tablas indiens et leurs rythmes hypnotiques !

Retour aux sources

Nouveau virage surprenant en septembre 2016, avec un troisième disque, Karkadé,  dans lequel les joyeux brassages des deux précédents albums disparaissent.

De toute évidence, Mohamed Abozekry souhaite y revenir aux sources de son Égypte natale. Ainsi, le saxophone est remplacé par le «ney», flûte originaire d’Asie centrale très prisée au Proche-Orient… Les tablas laissent la place aux percussions typiques des musiques arabes : «riqq» (tambourin muni de cymbales) et «daf» (tambour sur cadre) :

Quant au piano, il s’incline devant le violon. Instrument tout aussi occidental, me direz-vous ? Certes, mais intégré à la culture égyptienne depuis très longtemps !

«Le karkadé, c’est la fleur d’hibiscus, cette boisson que l’on retrouve un peu partout en Égypte comme dans plusieurs autres endroits du monde. Cet album est un retour vers la tradition égyptienne et ses différentes couleurs, un retour aux sources.»

(Mohamed Abozekry, livret de Karkadé)

Remerciements à Julie Rolland, qui m’a fait connaître cet artiste et son groupe.

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