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Il était une fois la guitare

L’origine de la guitare moderne telle que nous la connaissons reste assez floue. Il est, en effet, assez difficile de donner un lieu, une date ainsi que le nom de l’inventeur de cet instrument de la famille des cordophones… Aussi mystérieuse qu’un joueur d’harmonica au beau milieu d’un western spaghetti, cette enquête vous emmènera à la source ! Une source fraîche, qui étanchera votre soif de connaissance et vous permettra de briller en société. Continuer à lire

L’arme fatale !

La guitare possède dans la plupart des cas six cordes, et c’est déjà là un indice qui nous permet de classer cet instrument dans la grande famille organologique des cordophones.

Tel un véritable fil d’Ariane, cette corde nous fait remonter le temps, puisqu’on connaît l’un des plus anciens instruments du genre, j’ai nommé l’arc musical. Cet instrument est un idiocorde primitif dont nous avons retrouvé des traces en France dans des peintures rupestres datant de -15 000 ans. Il est dérivé d’un arc de chasse. L’arc musical est toujours utilisé en Afrique et bien sûr au Brésil avec une calebasse, le célébrissime Berimbau qu’on utilise en capoeira.

Voilà pour un des éléments central de la guitare, la corde qui finalement a accompagné l’homme très tôt dans sa conquête du monde depuis l’Afrique.

Le roman de la rose

Le deuxième indice est à trouver dans le nom même de l’instrument.

Nom que l’on trouve dans un roman du XIIIe siècle, le roman de la Rose, la suite plus précisément , écrite par Jean de Meung. La guitare est écrit « quitarre ». L’instrument sera aussi nommé « guitare moresche » ou en espagnol « guitarra morisca ».

Le mot espagnol remonte au grec kithara, cithare en français. Certains relient le nom au persan avec le mot sih tar qui veut dire trois cordes, ce qui nous emmène dans l’Égypte des pharaons pour un des plus anciens ancêtres de la guitare.

Har Mose chante Hatchepsout

C’est pendant le règne de la reine Hatchepsout, sur les bords du Nil que la chanteuse Har Mose utilise ce que certains considèrent comme la plus ancienne guitare du monde (âgée de 3500 ans).

Cet instrument avait trois cordes (sih tar en persan…) avec une caisse de résonance en bois de cèdre. Cette filiation est intéressante, car elle correspond à la famille du luth boite à manche tout comme la guitare. En connaissant le rôle important de carrefour culturel que représente l’Égypte, on imagine facilement que cet instrument ait pu évoluer dans plusieurs directions, à la fois dans le monde grec, mais aussi perse et plus tard musulman et enfin en Inde.

histoire de la guitare

Le tiercé gagnant, guitarra morisca, guitarra latina et vihuela

Notre chère guitare telle que nous la connaissons, est probablement une évolution de la guitare latine, mais cependant certains voient dans la guitare moresque importée par les Maures au Xe siècle, ou la vihuela, une filiation plus directe.

Difficile de trancher sur un sujet aussi pointu, mais toujours est-il que l’on peut remarquer qu’aucun de ces trois instruments ne possède six cordes. Ce sont des instruments qui ont des paires de cordes entre trois et cinq.

Guitare mauresque

Guitare latine

Vihuela de mano

La guiterne XIIIe / XVIe siècle

La guiterne est un instrument médiéval à cordes pincées à trois ou quatre cordes doubles (choeur), et les cordes sont mises en vibration avec un plectre (médiator).

Il est intéressant de parler de cet instrument en premier lieu par son origine floue, effectivement, la guiterne peut être comparée au rebab d’origine arabe andalou, mais aussi à des luths carolingiens et romans, ce qui nous permet de garder le fil avec l’Égypte antique. En deuxième lieu, la guiterne sera un instrument très populaire jusqu’au début du XVIe siècle où elle sera remplacée par la guitare.

À noter qu’à la renaissance, les termes guiterne et guitare étaient interchangeables.

La guitare de la renaissance

La guitare à l’époque de la renaissance, période couramment admise entre le XVe siècle et le XVIIe, partage non seulement la scène avec notre fameuse vihuela et le luth, mais aussi un grand nombre de compositeurs de vihuela ou de luth, dont Alonso Mudarra (1510-1580), un des premiers qui composeront pour la guitare ainsi que Miguel de Fuenllana grand spécialiste de la vihuela.

Du côté des compositeurs pour le luth et qui composeront pour la guitare, on retrouvera Le Roy , De Ripp , Phalèse et d’autres…

Ceci s’explique par le fait que le répertoire, le style et la technique étaient sensiblement la même pour ces trois instruments.

Alonso Mudarra / Fantasia 1&4 / vihuela

Alonso Mudarra / Pavana / guitare de la renaissance

La guitare baroque favorite du roi soleil

L’époque baroque voit apparaître deux illustres personnages qui auront oeuvré pour le développement des arts et notamment la musique : je veux bien sûr parler du grand roi Louis XIV et de son surintendant de la musique royale, Jean-Baptiste Lully l’immense compositeur de cette époque. Il faut savoir que Louis XIV adorait la guitare et chose que l’on sait moins, Lully aimait jouer de la guitare dont il maîtrisait parfaitement sa technique.

Il commença même par cet instrument qui était très à la mode en Italie pendant sa jeunesse. Il y a un autre illustre personnage qui fut le professeur personnel du roi, le très grand compositeur Robert de Visée qui jouait régulièrement de la guitare dans la chambre même du roi. Cette guitare baroque ressemble beaucoup à notre guitare actuelle à la différence qu’elle est plus étroite et moins profonde. Elle a cinq choeurs (cordes doublées) avec parfois, une corde non doublée, ce qui nous fait une guitare à neuf cordes.

D’après l’excellent et grand spécialiste du genre Gérard Rebours, l’accordage était toujours énoncé « La La – Ré Ré – Sol Sol – Si Si – Mi », en suite montante de quartes et de tierce. Vers la fin du XVIIIe siècle, la guitare aura un Mi grave double puis simple qui donnera l’accord de la guitare actuelle « Mi-La-Ré-Sol-Si-Mi ».

Robert de Visé interprété par Rafael Andia

L’apparition de la guitare moderne au XIXe siècle

Un des pères de la guitare classique moderne est un espagnol du nom d’Antonio de Torres, né le 13 juin 1817 dans la province d’Almeria, et mort le 19 novembre 1892. Les guitares de Torres se répartissent en deux périodes, première période à Séville de 1852 à 1870, et la seconde à Almeria de 1871 à 1893. Les guitares de Antonio de Torres connaîtront un grand succès d’abord en Espagne puis dans le reste du monde grâce à une conception et une réalisation bien supérieure aux autres guitares produites à l’époque.

Deux autres Luthiers, tous deux américains, auront une influence majeure pour parvenir à la guitare moderne telle que nous la connaissons. Le premier d’entre eux, n’est autre que l’inventeur de la guitare folk , Christian Frederick Martin émigré aux États-Unis en 1833 et Orville Gibson, fondateur de l’entreprise Gibson en 1902.

L’origine des choses

Pour conclure, on voit bien qu’il est difficile de désigner un instrument qui serait à l’origine de la guitare.

Au-delà du XIIIe siècle avec des traces écrites attestant de sa présence, nous trouvons en définitive une origine à plusieurs éléments constitutifs de la guitare qui sont partagés par d’autres instruments tels que la cithare, le luth, la lyre et autres instruments de la famille des cordophones. Le plus vieil objet commun à tous ces instruments est bien sur la corde ! Mais il y a aussi le manche, la table d’harmonie, la rosace et autres éléments que l’on retrouve dans d’autres instruments proches de la guitare et souvent antérieurs à elle.

Malgré que l’on définisse aussi la guitare comme un luth-boite à manche, Gérard Rebours affirme avec des arguments assez convaincants que la guitare n’est pas une évolution du luth. Comme on dit, la musique adoucit les moeurs, alors finissons cet article avec Gérard Rebours en personne. Musique maestro !

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