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Je suis un grand fan de Lady Gaga.






Je suis un grand fan de LADY GAGA.
Enfin… surtout de ses extravagants pianos ! (cliquer sur les flèches pour faire défiler les photos ci-dessus)
Cet album ne montre qu’un petit aperçu des innombrables fantaisies scéniques de l’artiste américaine, qui a aussi le mérite d’être, à l’instar de Michael JACKSON en son temps, compositrice et parolière sur certains de ses titres – contrairement à la chanteuse RIHANNA, par exemple, dont le répertoire, souvent tristement banal, est entièrement composé par d’autres (notamment le dispensable David GUETTA).
Une ambition musicale affichée…
Autre différence de taille entre les deux jeunes chanteuses (qui ont sensiblement le même âge : 27 ans pour LADY GAGA et 25 pour RIHANNA), leurs mouvances stylistiques respectives. En effet, si RIHANNA surfe sur le succès facile d’un RnB très commercial et sucré, « Mother Monster » (surnom de LADY GAGA) semble avoir des prétentions artistiques bien plus élevées : outre ses pianos et ses vêtements excentriques, elle se réclame notamment de QUEEN (fameux groupe britannique des années 70 dont la chanson Radio Gaga inspira son nom de scène) et même de David BOWIE, référence suprême d’une pop music se voulant inventive et raffinée. Le titre de son tout dernier album, Artpop, affiche clairement ces ambitions, en faisant habilement une double allusion, au pop art d’Andy WARHOL d’un côté, et à l’art rock de l’autre. Rappelons que cette dernière appellation regroupe tous les styles de musique rock ayant cherché à évoluer vers davantage de créativité et d’innovations : le psychedelic rock de Jimi HENDRIX (Purple Haze), de Syd BARRETT ou de certains morceaux des BEATLES (comme Lucy in the Sky with Diamonds), le progressive rock de PINK FLOYD, le zeuhl (sic) de MAGMA, le rock in opposition d’ART ZOYD (cher à Mabit MORENO d’ICM), le neo-prog de MARILLION ou RADIOHEAD…
… mais un résultat loin d’être à la hauteur !
Il faut avouer que de ce point de vue, Artpop nous laisse autant sur notre faim que sa kitschissime pochette !
Cette dernière, créée par le poussif épigone de WARHOL qu’est Jeff KOONS, montre un montage kaléidoscopique grossier, entremêlant la fameuse Naissance de Vénus de BOTTICELLI (1485) aux deux visages d’Apollo e Daphne de BERNINI (1625), ces deux chefs-d’œuvre étant bien entendu censés représenter subtilement (?) « l’Art », mais aussi, encore plus « subtilement », faire écho à la blonde chevelure de notre « Vénus » de la pop – laquelle pose nue comme un ver, flirtant ainsi avec le « porno chic », mais sans la grâce de l’originale, ni l’humour décalé de l’artiste vietnamien Wang CHIEN-YANG (dont une photographie tout aussi dénudée fut habilement reprise par le groupe C2C pour la pochette de son album Tetra en 2012)…
Il en va hélas de même pour la musique, qui ne possède ni l’audace ni la modernité auxquelles on aurait pu s’attendre, et s’enlise le plus souvent dans une synthpop rebattue et agressivement vulgaire, à peine plus inventive que celles des pénibles Mylène FARMER ou Justin BIEBER. Nous n’irons toutefois pas jusqu’à affirmer, comme l’auteur-compositeur-interprète américain Rufus WAINWRIGHT, qu’à côté de ces chansons, les tubes de MADONNA sonnent comme des pièces de SCHUBERT, car la plus grande rivale de LADY GAGA n’a guère été plus inspirée ces dernières années, comme le montre cette très moyenne resucée dance d’un célèbre morceau disco d’ABBA remontant à 1979, Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Midnight).
Est-ce à dire que la synthpop est irrémédiablement vouée à la médiocrité commerciale à laquelle le RnB n’échappe que très rarement ?
Que nenni ! De même que la regrettée Amy WINEHOUSE (1983-2011) sut rendre au RnB ses racines jazz, blues et soul, il n’est pas très difficile de trouver des exemples de pop synthétique nettement plus exaltants que les morceaux assez navrants d’Artpop.
Voici une petite anthologie personnelle, furetant parmi les différents styles de cette mouvance :
  • si vous souhaitez mettre le feu au « dancefloor », délaissez donc Mme GAGA et préférez-lui les meilleurs spécialistes de l’electroclash : les Américains de FISCHERSPOONER, ou bien la Grenobloise MISS KITTIN et son clip envoûtant, ou encore les Parisiens de BLACK STROBE, qui mêlent l’electroclash au rock. Mais le « must » de ce style nous est offert par la chanteuse canadienne PEACHES et son superbe I Feel Cream de 2009, aussi remuant que lyrique :

NB : ne pas confondre cette dernière avec le duo THE MOLDY PEACHES, chantres du style anti-folk, on ne peut plus éloigné de la synthpop !

  • si vous voulez des mélodies accrocheuses, mais moins clinquantes que celles de LADY GAGA, tournez-vous par exemple vers l’indietronica de MGMT ou de METRIC, ou bien, combinez magistralement mélodie et danse avec le nu-disco endiablé – et diablement réussi – des Français de MODJO.
  • si maintenant vous êtes las de toute cette gaîté, la pop synthétique peut vous surprendre, et devenir tout à fait mélancolique ou « planante » ! Découvrez par exemple le superbe et hypnotique clip du duo franco-américain LAURENT & LEWIS, 9eneal9gy

  • … ou bien replongez-vous dans le spleen du post-disco de David BOWIE (1983) !
  • si votre humeur devient encore plus sombre, confiez-là aux maîtres incontestés de la synthpop, les Britanniques de DEPECHE MODE, dont le dernier album, Delta Machine, sorti très récemment en mars 2013, nous semble nettement plus convaincant qu’Artpop ! Et si ça ne s’arrange pas, explorez les arcanes inquiétantes de l’industrial rock de NINE INCH NAILS… [NB : attention, ce dernier clip, sulfureux et aussi « lynchien » que « cronenbergien », n’est pas à mettre devant tous les yeux]

Pour conclure sur une note plus dansante bien que nostalgique, revenons aux origines de la synthpop avec le style boogie, une forme de post-disco bien différente de celle de David BOWIE, car autant imprégnée de funk music que de disco. Illustré notamment par Michael JACKSON et KOOL & THE GANG, ce style (à ne pas confondre avec le boogie-woogie des années 30 !) fit aussi la gloire des Britanniques du groupe IMAGINATION, qui montrèrent de manière éclatante, comme l’avaient fait les BEATLES ou THE POLICE avant eux, qu’une musique à forte connotation « commerciale » n’est pas forcément dépourvue d’inspiration, ni de cette qualité impalpable, inanalysable et pourtant si précieuse : le bon goût. Même lorsqu’elle s’exprime à travers des clips aussi délicieusement kitsch que celui-ci.

N’est-ce pas, Lady ?

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