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Les secrets à connaître avant de passer l’épreuve de l’option musique au Bac

Nous avons rencontré Thomas Dubienko, enseignant à la préparation à l’option musique au Bac chez icm et membre du jury de l’épreuve. Il nous a dévoilé les petites astuces et ce qu’il faut savoir avant de passer l’épreuve. Une interview passionnante dans les coulisses du jury. Continuer à lire

Vous êtes depuis plusieurs années jury dans un centre d’examen. Pourriez-vous nous donner quelques indications sur le déroulement des épreuves ?
Avec plaisir, car le déroulement de cette épreuve est encore assez peu connue des lycéens et lycéennes. Il existe un grand nombre d’idées reçues à son sujet.

Le jour de la convocation, comment se déroule l’épreuve ?
Il y a plusieurs aspects. Les élèves reçoivent une convocation pour passer l’épreuve, le matin ou l’après-midi. Les deux épreuves (instrument et commentaire) ont lieu avec le même jury, l’une après l’autre. Il y a dans chaque centre plusieurs jurys et les candidats doivent attendre d’être appelés. Ils doivent, comme à chaque épreuve, attester de leur identité auprès du jury, constitué généralement de 2 à 3 personnes. Le même jury évalue les deux parties de l’épreuve, « instrumentale » et « commentaire ».

Les instruments sont-ils fournis ?
Pas du tout. Le centre s’engage à procurer au candidat un piano, plus rarement un orgue. Tous les autres instruments, même encombrants (batterie, harpe,…), sont à la charge du candidat ainsi que leur transport.

Une fois en face du jury comment se déroule l’épreuve ?
Le candidat est libre de choisir l’épreuve qu’il lui paraît la plus indiquée pour commencer. (instrumentale ou de commentaire). Il n’y a pas de stratégie gagnante.

Le candidat doit-il présenter l’oeuvre qu’il joue ?
C’est mieux. Mais tous les cas de figures se présentent. Un lien avec le programme est vraiment préférable. Il montre que le candidat a réfléchi aux ouvertures suggérées par le programme (très vaste cette année). Quelques mots pour présenter le choix de l’œuvre et pour expliquer comment elle se rattache aux oeuvres étudiées, sont généralement appréciés. Mais ce n’est pas nécessaire. Ensuite, il y a toutes sortes de prestations. Des candidats au programme virtuose, sont rares. D’autres, manifestement insuffisamment préparés hélas, s’effondrent. Mais encore une fois, ils sont très rares. Le jury est toujours ouvert, attentif et désireux d’écouter un candidat. Il n’attend pas de prestation irréprochable mais de la sensibilité, de l’engagement, du soin, gages de qualité… Encore une fois il ne s’agit pas de se mettre en danger pour briller, mais de partager un moment de musique. Certains se produisent en groupes. Parfois même, ils improvisent ou composent !…

Justement, avez-vous déjà évalué des groupes ?
Oui. Il n’y en a pas beaucoup. Les groupes doivent être constitués d’élèves de la même classe. Le jury veille vraiment à ce point : pas de musicien extérieur à la classe. Il y aurait une rupture d’égalité des chances entre les candidats.

Comment alors réaliser une prestation accompagnée ?
Il y a chaque année des élèves qui viennent avec un accompagnement réalisé par leurs soins. Ils jouent « par dessus » cet enregistrement. Certaines prestations sont vraiment très convaincantes.

Avez-vous déjà mis le maximum de points à un candidat ?
Oui, chaque année, nous donnons régulièrement le maximum de points à certains candidats. Un candidat peut avoir 7 points au maximum pour la partie instrumentale et 13 pour l’épreuve de commentaire. Une prestation peut-être convaincante et ce dans n’importe quel style. Encore une fois, le niveau d’interprétation, la difficulté de la pièce ne sont pas discriminants.

Pour le commentaire, comment peut-on faire une prestation de qualité ?
Avant tout, il faut connaître les oeuvres. Sans exception ou « impasse ». Le jury sait très rapidement si le candidat a des connaissances, une méthode ou s’il essaye de donner le change.

Comment convaincre le jury ?
Le jury n’a pas à être « convaincu ». Nous sommes vraiment attentifs et bienveillants. Après avoir tiré au sort un des trois sujets le candidat écoute un extrait d’une oeuvre qu’il doit connaître et une autre, qui lui est théoriquement inconnue. Nous donnons vraiment du temps. Aussi, les élèves doivent vraiment construire un commentaire.  Les candidats qui lancent les éléments de manière déstructurée, sans lien entre eux, sont forcément désavantagés : le jury essaye alors toujours de remettre de l’ordre dans les connaissances du candidat ou de s’assurer de ce qu’il connaît réellement.

Comment cela se passe-t-il ?
L’épreuve de commentaire est une épreuve sérieuse et assez longue. Le jury est sensible à la construction et la comparaison des extraits, des liens (ressemblances ou dissemblance) que l’on peut trouver. Il est aussi sensible aux arguments, à la finesse avec laquelle le candidat peut justifier une hypothèse, aux connaissances qui lui permettent de situer l’extrait.

Y’a-t-il une règle d’or pour la comparaison ?
Une première donnée est la structure : introduire les deux extraits, simplement, synthétiquement, et situer rapidement le premier extrait qui doit-être connu du candidat. Chercher son origine est généralement mauvais signe : c’est un travail d’un an que l’on juge théoriquement. La comparaison doit-être ensuite un aller-retour permanent entre les deux extraits. Cette comparaison doit aboutir à des considérations de plus en plus fines et pertinentes : il n’est pas attendu du candidat, durant cette partie de l’épreuve, de raconter par le menu la vie des compositeurs, la liste de ses oeuvres, ou les inventions dont il a été contemporain… C’est une démarche artificielle que le jury apprécie peu : étaler des connaissances sans rapport avec l’épreuve est vraiment une chose qui joue en défaveur des candidats. Heureusement, c’est un cas de figure rare. Le jury est toujours sensible à une conclusion modeste, qui reprend rapidement les éléments clés sans redire tout le commentaire et qui propose une situation possible du second extrait. Le but n’est pas alors de trouver « la bonne réponse ». En revanche, une hypothèse raisonnable, bien argumentée, faisant preuve de connaissances acquises en cours et personnelles, même si elle est fausse sera toujours mieux vue par le jury qu’une prestation où le candidat ne s’engage pas.

C’est-à-dire ?
Un de mes professeurs dans le supérieur, parlait de « prime à la lâcheté ». Le terme est un peu fort mais le sens est juste : à force de ne pas s’engager, de ne pas situer, de ne pas proposer des choses de peur de se tromper, le candidat pense ne pas choquer le jury. De son côté, le jury évolue dans le flou : il s’interroge alors sur le niveau réel des connaissances du candidat, sur son investissement au cours de l’année, la qualité de travail…

C’est là que l’entretien a une importance capitale ?
Absolument. Il ne faut pas se « dégonfler ». L’entretien est un moment capital de l’épreuve. Si le candidat a été brillant, il est agréable de s’entretenir avec lui, de poursuivre des sujets abordés lors du commentaire comparé. Si l’élève a été plus faible, le jury va tenter de préciser ce qui a été évoqué de manière trop rapide ou trop peu développée.

Le jury pose-t-il des questions « pièges » ?
Non. Le jury pose des questions auxquelles un candidat doit avoir les réponses. Parfois elles peuvent-être surprenantes, très ouvertes, mais encore une fois le candidat a un an pour se préparer. Pour ma part, je peux poser plusieurs questions, parfois difficiles. Mais le but n’est pas de « coller » le candidat. J’attends de lui qu’il réfléchisse, qu’il propose des hypothèses valables même erronées. Je ne sanctionne jamais un élève qui ne sait pas quoi répondre, ou si je ne suis pas d’accord avec lui. Il faut en revanche que sa réponse soit justifiée et rationnelle.

Que faut-il éviter ?
Bachoter la veille des épreuves. Des textes, des présentations glanées ici ou là sur Internet ne sont que des leurres : on ne PEUT PAS être au point en quelques jours avant les épreuves. La méthodologie comme les connaissances ne peuvent pas non plus être vraiment acquises en si peu de temps. Le pire est donc de piocher parmi les textes qui circulent et qui sont souvent superficiels ou complètement faux… Contrairement à ce que l’on peut croire, il n’y a pas de version « officielle ». Analyser une oeuvre c’est proposer une explication par des aspects spécifiques. Pas d’imposer un dogme.

Autre chose à éviter ?
Répéter plusieurs fois au jury une réponse manifestement fausse. Si le jury attire l’attention du candidat sur une réponse qu’il souhaiterait entendre nuancer, le candidat a parfois tendance à se crisper. Le jury ne peut pas donner de réponse mais il est possible pour le candidat de se reprendre. Il n’y a rien de pire que de marteler son point de vue, de manière féroce, comme si le jury était sourd ou incapable de comprendre ce qui a déjà été dit.

Un dernier conseil ?
Travailler régulièrement, lire un peu autour des compositeurs, des époques, écouter des oeuvres du même compositeur, de la même époque. Un candidat cultivé, qui a consacré du temps, du soin et de l’attention à cette épreuve sera toujours privilégié.