Autour de Tailleferre (2) : le Romantisme

En complément des trois auteurs au programme, il est nécessaire de connaître treize autres compositeurs, qui sont tous reliés au programme d’une manière ou d’une autre (sauf un). À travers eux, vous pourrez améliorer votre connaissance des périodes de l’histoire de la musique : style baroque français tardif, fin du classicisme et naissance du Romantisme, apogée et fin du Romantisme, et enfin style moderne avec le célèbre Groupe des Six, dont faisait partie Germaine Tailleferre. Continuons avec la naissance du Romantisme entre 1815 et 1830, période dont s’inspira Tailleferre pour Le Bel ambitieux.

Trois «beaux ambitieux» : du classique au romantique

3) François-Adrien BOIELDIEU (1775-1834)

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Compositeur français contemporain de Beethoven (et né exactement 100 ans avant Ravel), Boieldieu est considéré comme un maître de l’opéra-comique. Attention ! Le genre opéra-comique n’est pas forcément «comique» : c’est un type d’opéras alternant dialogues parlés et airs chantés. Boieldieu fut aussi le premier représentant important du romantisme naissant en France. Cependant, tout comme Beethoven, il fut d’abord un compositeur de style classique (1), comme le montre son beau Concerto pour harpe.

Parmi ses nombreux opéras, La Dame blanche est le plus célèbre, et celui qui s’approche le plus du Romantisme naissant. Cinq ans avant la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz, cette œuvre introduit des éléments fantastiques : château mystérieux, trésor caché et surtout fantôme.

Comparez les deux extraits ci-dessous, afin de mesurer l’évolution du style de Boieldieu entre 1801 et 1825, du Classicisme vers le Romantisme.

(1) à propos des œuvres classiques de Beethoven et d’autres compositeurs du début du XIXe siècle, on parle parfois de style post-classique. Certaines œuvres de Beethoven illustrent un post-classicisme particulier appelé style héroïque : Symphonies n°3 et 5, Concerto pour piano n°5 «L’Empereur». Le style post-classique de Boieldieu reste quant à lui beaucoup plus décoratif, notamment dans son Concerto pour harpe.

BOIELDIEU : Concerto pour harpe (1801), début

BOIELDIEU : La Dame blanche (1825) air «D’ici voyez ce beau domaine»

QUESTION : comparez attentivement l’extrait de la Dame blanche avec ce passage du Bel ambitieux. Que remarquez-vous ?

4) Daniel-François-Esprit AUBER (1782-1871)

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Compositeur français un peu plus jeune que Boieldieu, Auber reprit le flambeau, et perpétua après lui la tradition du genre opéra-comique. Mais il fut aussi le créateur d’un genre nouveau, qui eut beaucoup de succès au XIXe siècle : le genre grand-opéra, qu’il inaugura avec La Muette de Portici en 1828. Ce genre était un peu l’équivalent des «superproductions» hollywoodiennes à gros budgets : décors spectaculaires et grandioses, sujets historiques dramatiques, grand orchestre, nombreux chanteurs et chœurs.

Malgré le grand succès de la Muette, Auber revint très souvent à l’opéra-comique, avec notamment Fra Diavolo.

AUBER : La Muette de Portici (1828), ouverture

AUBER : Fra Diavolo (1830), ouverture

5) Gioachino ROSSINI (1792-1868)

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Nettement plus jeune que Boieldieu et Auber, né un an après la mort de Mozart, Rossini fut pourtant très tôt le chef de file du style post-classique et du Romantisme naissant en Europe. C’est donc lui qui influença les deux musiciens français, et les poussa vers un style plus romantique, et non l’inverse. Son génie triompha dès 1816 avec le très célèbre Barbier de Séville, opéra-bouffe (1) en italien d’après Beaumarchais. Il composa ensuite de nombreux autres succès dans le genre opéra-bouffe, ou parfois dans le genre opera seria (genre sérieux). Contre toute attente, il arrêta très précocement sa carrière de compositeur d’opéras dès 1829, après avoir créé son premier grand-opéra, Guillaume Tell.

Il composa assez peu de 1829 à sa mort en 1868. Mais il se divertit tout de même à l’occasion en écrivant des pièces pour piano, ainsi que de la musique sacrée. Gastronome et bon vivant réputé, la légende veut qu’il ait inventé la recette du tournedos Rossini. Plus vraisemblablement, on pense plutôt qu’il en donna l’idée à l’un des grands cuisiniers de l’époque (voir vidéo ci-dessous).

(1) contrairement à l’opéra-comique, l’opéra-bouffe est un genre léger et humoristique, pratiqué par Mozart puis Rossini, et plus tard de manière un peu différente par Offenbach en France.

ROSSINI : Le barbier de Séville (1816), ouverture (voir opéra complet en vidéo ci-dessous)

ROSSINI : La Pie voleuse (1817), ouverture

ROSSINI : Guillaume Tell (1829), ouverture

 


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