Autour de Tailleferre (1) : le baroque français

En complément des trois auteurs au programme, il est nécessaire de connaître treize autres compositeurs, qui sont tous reliés au programme d’une manière ou d’une autre (sauf un). À travers eux, vous pourrez améliorer votre connaissance des périodes de l’histoire de la musique : style baroque français tardif, fin du classicisme et naissance du Romantisme, apogée et fin du Romantisme, et enfin style moderne avec le célèbre Groupe des Six, dont faisait partie Germaine Tailleferre. Commençons par deux musiciens baroques, Marc-Antoine Charpentier et Jean-Philippe Rameau, avec en bonus un invité surprise : François Couperin.

1) Le piège ! Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

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Même s’il n’est en fait pas relié au programme 2017, on est obligé de mentionner ce très grand musicien baroque français, parce qu’il ne faut surtout pas le confondre avec le compositeur romantique Gustave Charpentier, qui n’a absolument aucun rapport ! Prédécesseur du non moins célèbre Rameau (né 40 ans après lui), Marc-Antoine Charpentier fut un maître de l’opéra et de la musique sacrée. Dans ce dernier genre, son œuvre la plus connue est bien sûr le Te Deum qu’il composa vers 1690, à une époque ou Bach, Vivaldi et Rameau étaient encore enfants. Si l’ouverture, au style pompeux caractéristique du baroque français, est l’un des grands «tubes» du baroque, la suite regorge de mélodies grandioses ou expressives, et mérite donc grandement le détour elle aussi :


2) L’homme d’opéra : Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

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Autre très grand musicien baroque français, Rameau fut pastiché par Germaine Tailleferre dans La Fille d’opéra. Il est donc important d’écouter sa musique, afin de s’imprégner de son style d’une grande richesse. Maître comme Marc-Antoine Charpentier de la musique sacrée, il fut surtout le plus important compositeur d’opéras de la première moitié du XVIIIe siècle en France.  Il cultiva un style plus moderne pour l’époque que son prédécesseur, modernité qu’il exprima aussi à travers de remarquables pièces pour clavecin.

Voici tout d’abord le beau et sombre motet (genre sacré) In convertando (1712). Ensuite, un air célèbre, tiré de l’opéra Hippolyte et Aricie (1733), aux harmonies chromatiques (1) très originales.
(1) qui procèdent par demi-tons, d’où une grande tension dans le résultat sonore

RAMEAU : motet In convertando (1712) :

RAMEAU : Hippolyte et Aricie (1733), trio des Parques (acte II) :

 

Après ces musiques plutôt tendues et ombrageuses, voici Les Sauvages (1728-1735), sorte de gavotte (1) endiablée et joyeuse, qui est sans doute l’une des mélodies les plus connues de Rameau :
(1) danse à deux temps d’origine populaire

Enfin, retour à la noble mélancolie typique du compositeur, avec cette autre Gavotte composée en 1728. Ces variations pour clavecin, aux arabesques sobres et inspirées, annoncent le style classique :

De François COUPERIN (1668-1733) à RAVEL

Bien avant le pastiche de Rameau composé par Tailleferre en 1955, les compositeurs modernes multiplièrent les hommages, clins d’œil et références à la musique baroque, mais aussi au style classique. À l’époque, le baroque était encore considéré comme appartenant au classicisme. De ce fait, la mode du «retour à», qui dura de 1915 à 1930 environ, fut plutôt appelée «néo-classique».

Il s’agissait d’abord d’une réaction au post-romantisme de certains compositeurs du début du XXe siècle (Gustav Mahler, Richard Strauss…). Cependant, c’était aussi une recherche de clarté et de simplicité, après le modernisme assez échevelé de la période 1900-1915 (impressionnisme de Claude Debussy dans La Mer en 1905, expressionnisme avant-gardiste d’Arnold Schoenberg dans Pierrot lunaire en 1912, fauvisme féroce d’Igor Stravinsky dans Le Sacre du printemps en 1913).

Du post-romantisme lisztien au néo-classicisme patriotique

Cette évolution fut particulièrement frappante chez Maurice Ravel. Comparez son chef-d’œuvre pour piano, Gaspard de la nuit (1908), avec le Tombeau de Couperin composé neuf ans plus tard. Tandis que Gaspard est à la fois post-romantique par sa virtuosité flamboyante issue de Franz Liszt, et moderniste par l’audace de ses harmonies dissonantes et de ses rythmes furieux et chaotiques, le Tombeau (ce qui signifie «hommage») montre un visage très différent, beaucoup plus souriant et amène. Ravel s’y inspire en effet des danses baroques et de leurs rythmes joyeux, et renoue avec une certaine fraîcheur et simplicité mélodique, tout en conservant les harmonies très riches qui sont sa signature.

Bien noter qu’il ne s’agit ici nullement de pastiche du baroque comme dans La Fille d’opéra, mais de musique moderne s’inspirant du baroque (style moderne néo-classique), ce qui est très différent. Là où Tailleferre contrefait son style, Ravel conserve un style toujours reconnaissable par-delà ses métamorphoses !

On peut aussi supposer que Ravel, très marqué par la Première Guerre mondiale en cours, souhaitait exalter la grandeur du patrimoine musical français, d’où le choix de Couperin, et non de Bach ou Haendel par exemple.

RAVEL : Gaspard de la nuit (1908), troisième mouvement Scarbo :

RAVEL : Le Tombeau de Couperin (1917), troisième mouvement Forlane :

RAVEL : Le Tombeau de Couperin (1917), quatrième mouvement Rigaudon :

Sans doute influencée par Ravel, Germaine Tailleferre pratiqua elle aussi souvent le néo-classicisme, comme dans cette Forlane composée très tardivement, à une époque où le style moderne avait disparu depuis longtemps.

TAILLEFERRE : Forlane (1972), pour flûte et piano :

D’une génération intermédiaire entre celles de Marc-Antoine Charpentier et de Jean-Philippe RameauFrançois Couperin, contrairement à eux, ne composa pas d’opéras. En revanche, il fut comme eux un maître de la musique sacrée, et rivalisa avec Rameau par sa musique pour clavecin et sa musique de chambre. C’est à ce dernier genre qu’appartiennent les danses suivantes, à comparer avec celles de Ravel.

COUPERIN : Concert royal n°4 (1715), sixième mouvement Rigaudon :

COUPERIN : Concert royal n°4 (1715), septième mouvement Forlane :

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