L’orchestre, de MOZART à LISZT

Liszt

Horace VERNET : Mazeppa et les loups (1826)

Le génie romantique de LISZT s’est très souvent nourri des œuvres de ses contemporains poètes, notamment Victor HUGO et Alphonse de LAMARTINE. L’influence de la littérature était si forte qu’elle le poussa même à inventer un nouveau genre musical : le poème symphonique. Il s’agit de morceaux pour orchestre assez longs, mais ne comportant qu’un seul mouvement, contrairement aux symphonies, genre inventé durant la seconde moitié du XVIIIe siècle par les musiciens classiques, HAYDN ♬♬♬, MOZART ♬♬♬ puis BEETHOVEN.

Traduire le sentiment poétique…

Mais pourquoi un seul mouvement ? C’est que LISZT souhaitait exprimer dans chacun de ses «poèmes symphoniques» les sentiments que lui inspiraient un poème. Un morceau en une seule partie permettait donc d’explorer ces impressions poétiques de manière cohérente et unifiée. De plus, en s’affranchissant de la structure classique de la symphonie en 4 mouvements, LISZT pouvait élaborer son propre «poème» musical sans contraintes, en toute liberté expressive.

La richesse de l’orchestre romantique

LISZT est bien sûr surtout célèbre pour son extraordinaire virtuosité pianistique. Cependant, on lui doit aussi d’avoir considérablement enrichi l’écriture pour orchestre ! Il prolongea ainsi la géniale Symphonie fantastique composée en 1830 par Hector BERLIOZ — laquelle n’est pas un poème symphonique, mais une symphonie à programme (les deux genres sont très proches, mais la «symphonie à programme» conserve plusieurs mouvements, à l’instar de la symphonie classique).

Voici par exemple un célèbre poème symphonique inspiré à LISZT par Victor HUGO, Mazeppa. Dans ce morceau particulièrement épique et spectaculaire, que LISZT termina en 1854, le compositeur utilise 22 instruments à vent !

• BOIS : 1 petite flûte (piccolo), 2 grandes flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 1 clarinette en ré, 1 clarinette en la, 1 clarinette basse en ut, 3 bassons

• CUIVRES : 4 cors en fa, 2 trompettes en ré, 1 trompette en mi, 2 trombones ténor, 1 tuba

Une évolution spectaculaire !

Avec les cordes frottées et les percussions, LISZT avait ainsi à sa disposition un orchestre beaucoup plus puissant que celui qu’utilisait par exemple MOZART : à titre de comparaison, la célèbre Symphonie n°25 en sol mineur, K183, composée en 1773 (c’est-à-dire seulement un an après le Divertimento en ré majeur au programme du bac 2017), ne comportait que 8 instruments à vent, et aucune percussion.

Quant au Divertimento, il ne nécessite ni percussions ni vents, car il est joué par les cordes seules ! (à noter que sa version originale doit même être jouée par un simple quatuor à cordes, et non un orchestre à cordes comme sur de nombreux enregistrements)

Écoutez la puissance dramatique que cet effectif nombreux confère à l’orchestre romantique, qui dépeint ici la folle chevauchée d’Ivan MAZEPA (originellement, ce nom ne comportait qu’un seul P) :

Et voici le poème symphonique de LISZT sans doute le plus connu : Les Préludes (1853), inspiré par Alphonse de LAMARTINE et ses Harmonies poétiques et religieuses :

Riche postérité

À la suite de LISZT, de nombreux musiciens romantiques et modernes composèrent eux aussi des poèmes symphoniques :

• Camille SAINT-SAËNS : Danse macabre (1874), morceau romantique avec des prémices du style moderne

• Claude DEBUSSY :  Prélude à l’après-midi d’un faune (1892), d’après Stéphane MALLARMÉ ; naissance de la musique moderne

• Richard STRAUSS : Ainsi parlait Zarathoustra (1896), d’après Friedrich NIETZSCHE ; musique post-romantique, c’est-à-dire prolongeant l’esprit romantique tout en intégrant des éléments du style moderne.

Aujourd’hui, ce genre exerce toujours une forte influence, notamment sur les musiques de films… et même de jeux vidéos !

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