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Combien de temps faut-il répéter ?

Que vous soyez l’heureux parent de musiciens en herbe, ou apprenti musicien vous-même, vous vous êtes sûrement déjà demandé combien d’heures il convient de répéter sur un instrument de musique pour obtenir de bons résultats.

La question n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, et la réponse «le plus possible» n’est certainement pas suffisante ! Essayons d’y voir un peu plus clair.


Cela dépend tout d’abord de l’âge…


En effet, il paraît évident que des bambins de 5 ou 6 ans ne pourront pas s’exercer aussi longtemps qu’un adolescent de 15 ans ou qu’un adulte… Voici une grille indicative pour des séances de travail adaptées :

• enfants de moins de 6 ans : de 5 à 15 minutes
• de 6 à 8 ans : de 15 à 25 minutes
• de 8 à 10 ans : de 20 à 40 minutes
• pré-adolescents de 10 à 13 ans : de 30 à 60 minutes
• adolescents de 13 à 17 ans : de 60 à 120 minutes
• adultes : de 60 à 120 minutes

… mais aussi de l’objectif…


Cela paraît tout aussi logique : les minutages indiqués ci-dessus dépendent de l’objectif et du type de pratique, «amateur» ou «professionnel». Ainsi, il n’est pas rare que des musiciens, même très jeunes, doublent voire triplent ces durées de répétition ! Ils sont alors déjà, malgré leur âge, dans une optique pré-professionnelle, ou tout du moins dans la recherche d’un niveau élevé et précoce. Ce cas de figure se rencontre surtout chez certains élèves des conservatoires.

… du niveau…


En outre, il convient de noter que, quel que soit l’âge, le temps de travail dépendra étroitement du niveau atteint. Ainsi, à âge égal, un débutant n’aura pas besoin de séances aussi longues qu’un instrumentiste d’un niveau plus avancé. D’une part, les morceaux joués par ce dernier seront évidemment plus difficiles… mais d’autre part il seront en général nettement plus longs.

… et de l’instrument pratiqué !


Tous les «fans» de piano ou de violon le savent : certains grands solistes sont célèbres pour les milliers d’heures (au bas mot) qu’ils ont passées à s’exercer sur leur instrument. Le génial pianiste hongrois György Cziffra travaillait parfois ainsi jusqu’à douze heures par jour… et cela s’entendait 😀


Cela dit, contrairement à une croyance répandue, il ne s’agit pas là une règle d’airain : en effet, d’autres immenses artistes — comme par exemple la pianiste argentine Martha Argerich — confessent n’avoir jamais travaillé beaucoup plus de deux heures par jour… et pourtant cela ne s’entend pas !


Mais surtout, de telles quantités de travail ne sont pas envisageables avec tous les instruments. Par exemple, la famille des cuivres ne permet guère de dépasser une à deux heures par jour de répétition (sauf à un niveau professionnel), car elle est très exigeante pour les lèvres de l’élève. Un trompettiste qui jouerait cinq ou six heures de suite risquerait tout bonnement de se blesser ! Et serait alors contraint de s’arrêter plusieurs jours (au minimum)…

Quantité ou qualité de travail ?


Eh oui : la véritable question à se poser n’est peut-être pas combien de temps faut-il travailler ? mais plutôt comment faut-il répéter ?

À ce sujet, cinq points nous semblent particulièrement importants à surveiller :

1)  une bonne salle de musique vous choisirez  ♬♬


Il est absolument essentiel de s’exercer dans un environnement propice :

• sur un instrument d’une qualité suffisante et en bon état
dans une acoustique correcte : attention aux pièces trop réverbérantes qui rendront le son d’un piano ou d’une clarinette assez fatigant à la longue, aussi bien pour le musicien que pour son entourage !

2) un environnement calme vous rechercherez


Cela suppose que l’apprenti musicien ne soit pas gêné par des bruits autour de lui (de la télévision du grand frère à la tablette de la petite sœur), et puisse ainsi se concentrer sur ses partitions. La qualité du travail est aussi importante que la quantité…

Mais il ne faut pas non plus qu’il gêne son entourage, ni même qu’il ait le sentiment de le gêner ! En effet, il est très important d’éviter toute inhibition de l’élève (surtout si ce dernier est très jeune), qui n’oserait pas jouer avec suffisamment d’énergie, soit parce qu’il se sentirait écouté (et serait alors intimidé), soit parce qu’il aurait l’impression de déranger les membres de sa famille ou le voisinage (et serait là aussi freiné dans la pleine expression de son jeu instrumental). À ce sujet, il faut remarquer qu’une acoustique trop résonante aggravera les choses, notamment pour des instruments au son généreux comme la trompette, le saxophone, le piano… ou bien sûr la batterie !

Pour toutes ces raisons, on ne saurait trop conseiller aux parents d’élèves de bien réfléchir à l’emplacement d’un piano dans la maison, ou au lieu choisi pour travailler le violon, la guitare ou la flûte… Un mauvais choix pouvant s’avérer très préjudiciable à un bon apprentissage.

3) la régularité vous cultiverez


Toutes les études des sciences cognitives le prouvent : seul un travail très régulier sera réellement efficace et utile. Ainsi, cinq séances quotidiennes de 12 minutes seront en général beaucoup plus profitables à votre enfant qu’une seule séance de 60 minutes le dimanche !

4) de bonnes méthodes vous adopterez


Quels que soient l’âge et le niveau, toute séance musicale doit avoir un but et être bien organisée ! Demandez toujours à votre professeur ou à celui de votre enfant une liste précise des différents exercices à faire pour améliorer ses morceaux. Et relisez aussi nos précieux conseils 😉

5) les plaisirs vous varierez 🙂


Cela peut paraître paradoxal, mais une bonne répétition musicale ne saurait être trop… répétitive ! Morceaux de différents styles et de difficultés variées, exercices techniques, lectures de notes ou de rythmes, travail mains séparées ou mains ensemble (pour les pianistes), travail avec ou sans le souffle (pour les instruments à vent), entraînement de la mémoire… Les possibilités sont nombreuses pour que la séance de musique ne se transforme pas en une longue et morne corvée !

Philippe BARRAUD

méthodologie apprentissage