Même les génies font des «brouillons» !

Même les génies comme Johann Sebastian Bach font des brouillons et progressent… La preuve en musique !


Si vous n’écoutez que le début de ce morceau de Bach, vous vous direz peut-être : «bah, rien de très original, c’est le prélude que tout le monde connaît, et que tous les pianistes ont joué (ou essayé de jouer)…»

La page consacrée au piano sur le site d’ICM place d’ailleurs cette célébrissime pièce parmi les «incontournables»… ce qui nous semble parfaitement justifié, tant du point de vue pédagogique que musical — bien qu’il s’agisse évidemment d’une pièce destinée au clavecin ou à l’orgue, le pianoforte n’étant pas encore parvenu à maturité en ce début de XVIIIe siècle.

Géniale esquisse

Mais si vous avez écouté tout le prélude, n’avez-vous pas été un peu surpris ? En effet, à partir de 0’43, presque toutes les harmonies sont légèrement différentes de celles que l’on entend habituellement. Et si le parcours reste malgré tout similaire, il s’achève cependant plus rapidement que dans «LE» Prélude n°1.

Eh oui, ce que joue là Elisabeth Joyé, sur un magnifique clavecin de 1624, n’est autre que l’esquisse du prélude. Cette première mouture fut conçue pour l’apprentissage du fils aîné du compositeur, Wilhelm Friedemann (1710-1784). Ce dernier devint lui-même un remarquable musicien, au destin cependant assez tourmenté…

Tâtonnements perfectionnistes

Les grands chefs-d’œuvre ont ceci de particulier que leur perfection finit par nous faire oublier les recherches, tâtonnements, repentirs, remaniements que nécessite toute création humaine… parfois durant de très longues années, comme ce fut le cas pour la Joconde de Léonard de Vinci, commencée en 1503, et terminée seulement en 1519, l’année de la mort du peintre.

Et Léonard fut encore plus lent et perfectionniste avec sa fameuse Sainte Anne, récemment restaurée. En effet, il y travailla durant 18 années, de 1501 à 1519 ! Sans même pouvoir l’achever tout à fait… (pour la vidéo ci-dessus, nous avons réalisé un petit montage de ce tableau en regard de sa plus belle esquisse — assez différente, comme chez Bach, du résultat final)

Bach paracheva un peu plus rapidement son prélude. D’après l’âge du claveciniste à qui elle était destinée, l’esquisse date probablement de 1717 ou 1718. Quant à la version définitive, elle date de 1722 au plus tard. Cependant, l’ensemble dont cette pièce devint le majestueux portique, le Clavier bien tempéré, accompagna le compositeur durant presque 30 années, puisqu’il ne cessa de l’améliorer jusqu’à sa mort en 1750.

Philippe BARRAUD

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