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Les musts de DJ Phil – Liszt, Consolations

Cette série propose une anthologie de morceaux célèbres ou méconnus, de tous styles et toutes époques

Franz LISZT (1811-1886), le plus génial pianiste compositeur du XIXe siècle, avec CHOPIN

Franz LISZT (1811-1886), le plus génial pianiste compositeur du XIXe siècle, avec CHOPIN

Les Six Consolations de LISZT contiennent certaines des plus belles mélodies du répertoire romantique, et, ce qui ne gâte rien, certaines sont abordables par les pianistes dès le 2e Cycle !

Le génie romantique de LISZT s’est très souvent nourri des œuvres de ses contemporains poètes, notamment Victor HUGO et Alphonse de LAMARTINE. L’influence de la littérature était si forte qu’elle le poussa même à inventer un nouveau genre musical : le poème symphonique, pièce pour orchestre en un seul mouvement.

Poèmes pour piano

Mais cette inspiration littéraire ne se limitait nullement à l’orchestre !

Ainsi, les Harmonies poétiques et religieuses, recueil publié par LAMARTINE en 1830, inspirèrent à LISZT de nombreuses œuvres. Outre les Préludes (poème symphonique pour orchestre), il en tira plusieurs pièces pour piano solo, rassemblées sous le même titre que l’œuvre poétique, pour former un vaste cycle :

Cependant, c’est aujourd’hui un autre cycle — nettement plus concis — qui nous intéresse : les Six Consolations, composées de 1844 à 1850. Sans que cela soit absolument certain, il semblerait que, là encore, LISZT se soit inspiré d’un poème extrait des Harmonies poétiques et religieuses, titré Une Larme (ou Consolation).

LAMARTINE y oppose la «terre sans pitié» qui le laisse inconsolable (deux premières strophes) :

Tombez, larmes silencieuses,
Sur une terre sans pitié;
Non plus entre des mains pieuses,
Ni sur le sein de l’amitié !

Tombez comme une aride pluie
Qui rejaillit sur le rocher,
Que nul rayon du ciel n’essuie,
Que nul souffle ne vient sécher.

… à la «tendre parole» divine qui seule peut le consoler :

On sent que ta tendre parole
À d’autres ne peut se mêler,
Seigneur ! et qu’elle ne console
Que ceux qu’on n’a pu consoler.

(…)

Et l’âme se fond en prière
Et s’entretient avec les cieux,
Et les larmes de la paupière
Sèchent d’elles-même à nos yeux,

Comme un rayon d’hiver essuie,
Sur la branche ou sur le rocher,
La dernière goutte de pluie
Qu’aucune ombre n’a pu sécher.

Un morceau de Liszt abordable ?

Cette consolation divine est particulièrement sensible dans la Consolation n°1 de LISZT, avec son écriture en accords, qui évoque un chœur murmurant une prière sacrée, mystérieuse et recueillie.

Voilà un morceau très intéressant pour les apprentis pianistes — jeunes ou moins jeunes — car il s’agit sans doute du plus abordable qu’il ait jamais composé ! Avec la Consolation n°2, légèrement plus difficile, elle sera donc un excellent choix pour un concert d’élèves, et peut être abordée dès le 2e Cycle. Voir la partition ICI.

Sommet musical

La Consolation n°3 est nettement plus complexe et virtuose, tout en demeurant accessible aux élèves dès le début du 3e Cycle. Sommet musical du recueil, elle nous inciterait à penser que pour LISZT, esprit certes exalté et religieux, la véritable consolation des souffrances terrestres se trouvait bien plus encore dans la beauté des mélodies et des harmonies, que dans la «parole divine» chère à Lamartine.

Voici une magnifique interprétation en concert des Six Consolations, par l’un des meilleurs «lisztiens» que la France ait connu, le pianiste d’origine italienne Aldo CICCOLINI. Ce dernier nous a quittés très récemment, après une superbe carrière, qu’il prolongea bien au-delà de ses 80 ans… sans jamais perdre sa musicalité, ni sa science merveilleuse des ressources expressives du piano.

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