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Couleurs musicales : majeur et mineur

Voici deux chorals (prières protestantes) pour orgue composés vers 1715, et que Bach destinait à la période du Nouvel An. Ils nous permettent d’entendre deux «couleurs musicales» bien différentes, créant un superbe contraste musical.

Mystère lugubre et clin d’œil numérologique

Le premier, Das alte Jahr vergangen ist («l’année s’est écoulée»), BWV 614, est écrit dans la tonalité de ré mineur, comme la célèbre Toccata et fugue BWV 565. Mais contrairement à cette dernière, qui est essentiellement diatonique, ce choral mêle constamment la gamme chromatique à la gamme diatonique de ré mineur. Les lignes contrapuntiques comportent donc énormément de demi-tons et de notes étrangères à la gamme mineure, ce qui donne à la mélodie — déjà pathétique en elle-même — une couleur extraordinairement tendue et mystérieuse.

Mais cet adieu mélancolique, presque lugubre, à l’année terminée, comporte peut-être malgré tout un clin d’œil numérique malicieux, comme Bach les affectionnait tant ! En effet, combien de notes comporte une gamme chromatique ?

Douze bien sûr, autant que le nombre de mois dans une année !

Lumière et joie retrouvée

Avec le goût pour les contrastes forts qui caractérisait les musiciens baroques, Bach enchaîne immédiatement avec un autre choral (In dir ist Freude, «en toi est la joie», BWV 615) d’une couleur tout à fait opposée. Cette fois, la tonalité est non seulement majeure mais aussi entièrement diatonique ! Ce qui signifie qu’il n’y a cette fois aucun demi-ton étranger à la gamme du morceau. La couleur musicale est donc d’autant plus lumineuse et joyeuse :

Pourtant. Effectivement. Malgré tout. Donc. Ensuite. Cependant. Car. Mais. En effet.

Bach problématique ORGANISATION