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Concerto pour piano et orchestre n°27 de Mozart

Cette vidéo montre le Freiburger Barockorchester jouant le dernier mouvement du Concerto pour piano et orchestre n°27 de MOZART – composé à la fin de sa vie, en 1790 et 1791 -, avec en soliste le claveciniste et pianiste Andreas STAIER.

Cette prestation, typique des recherches récentes en matière d’interprétation des musiques baroques et classiques, présente de multiples différences flagrantes avec celle d’un pianiste plus ancien comme le célèbre Emil GUILELS (1916-1985, voir son interprétation ici) :

  • STAIER joue sur un pianoforte, c’est-à-dire sur un piano de l’époque de Mozart, et non sur un piano à queue moderne comme GUILELS. Ecoutez le « grain » du son de ce piano ancien, très différent, tout comme son apparence : clavier aux couleurs de touches inversées, et forme beaucoup plus effilée et moins massive.
  • d’autre part, l’orchestre est à la fois beaucoup moins nombreux, et beaucoup plus proche du soliste, STAIER se trouvant en quelque sorte au sein de cet ensemble, et non en dehors comme GUILELS. Par ailleurs, tous les instruments de cet orchestre réduit sont eux aussi « d’époque », avec le même grain particulier. Et enfin, les vents et les cordes sont à égalité dans le « rapport de force » sonore, tandis que chez GUILELS les cordes dominent les vents de manière écrasante, du fait de leur effectif très imposant.
  • autre différence évidente, liée à la précédente : chez STAIER il n’y a pas de chef d’orchestre ! « Encerclé » par les musiciens, il n’a pas besoin de la médiation d’un chef, mais interagit avec eux et les guide plus directement, comme le ferait le pianiste d’un petit groupe de musique de chambre. On peut remarquer d’ailleurs qu’au lieu d’être silencieux durant les tutti d’orchestre (comme l’est GUILELS), il continue de jouer : c’est précisément une manière de donner le rythme aux autres musiciens, et donc d’assurer la cohésion de tout le groupe sans avoir recours à un chef.
  • enfin, bien que le tempo adopté par les deux orchestres soit sensiblement le même (mais celui de GUILELS est un peu plus lent), la version avec pianoforte essaie de retrouver les phrasés, l’accentuation et les nuances que l’on s’accorde aujourd’hui à redonner aux musiques du XVIIIe siècle : ainsi l’expression est plus directe, les accents sont plus francs, les rythmes plus bondissants. A l’inverse, Emil GUILELS joue ce concerto dans la grande tradition des concertos romantiques, donnant ainsi à MOZART de belles couleurs lyriques, propres au XIXe siècle.

L’impression qui ressort de cette comparaison est à la fois instructive et troublante : le morceau semble se transformer sous nos yeux et nos oreilles, et traverser l’histoire de la musique et des instruments… mais à rebours, puisque c’est la version la plus récente, celle de STAIER, qui est censée sonner le plus « ancien », le plus proche – espère-t-il – de ce que souhaitait MOZART.

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